Internet, la fin d’une époque ?
Longtemps perçu comme un gadget, le Net n’attirait guère politiques et financiers. De simples individus (universitaires, associations…) lui avaient donné sa force : liberté d’expression et d’information, pluralisme, interactivité… C’est ainsi que, dans cet esprit, l’on vit surgir des sites comme Indymedia, Agoravox ou, dernièrement, Rue 89 et MediaPart, des espaces médiatiques indépendants et libérés des contraintes imposées par les groupes
de médias classiques (et donc par les annonceurs). Ces sites ont permis de relayer, par l’échange direct entre citoyens ou experts s’exonérant ainsi de la censure, des informations qui n’existaient pas ailleurs (Constitution européenne, G8, contre-sommets, abstentionnisme d’une certaine Cécilia Sarkozy…)
Difficile à avaler pour les financiers et les politiques de voir la toile échapper à leur mainmise, d’autant qu’Internet est devenu en quelques années un véritable média de masse tandis que la part de marché des médias traditionnels est en recul. La contre-attaque ne se sera donc pas fait attendre longtemps.
Ainsi, tous les sites indépendants ont été approchés par des investisseurs, comme le site participatif Agoravox, ayant reçu des offres se situant entre 10 et 20 millions d’euros. Or, pour son fondateur, Carlo Revelli, « il est difficile de concilier la recherche du profit légitime pour tout investisseur avec une quête de neutralité de l’information ». Il a donc décidé de transformer la semaine dernière Agoravox en une fondation, afin de préserver son indépendance.
A contrario, la stratégie du site de vidéos Dailymotion, même s’il est basé sur l’échange et le libre accès de vidéos « indépendantes », ressemble de plus en plus à celle des grands groupes au point de s’intéresser désormais aux droits de diffusion du foot. En effet, en 2007, des dizaines de millions d’euros ont été injectés par des investisseurs comme Advent Venture Partners LLP ou AGF Private Equity. Difficile alors de prôner l’autonomie et la libre expression. Que se passerait-il si quelqu’un voulait diffuser une vidéo compromettante sur l’un de ces grands actionnaires ? D’ores et déjà, de plus en plus de vidéos « disparaissent » du jour au lendemain. Sans explication.
Et cela n’est pas prêt de s’arrêter. On a ainsi assisté début 2007, à un sympathique jeu de chaises musicales, le responsable des contenus de Dailymotion, Séverin Naudet intégrant le cabinet du premier ministre pour être remplacé par… Martin Rogard, ancien chef du pôle multimédia au ministère de la Culture. Un mercato qui n’est pas sans rappeler l’arrivée de l’ancien conseiller de Sarkozy Laurent Solly à TF1. Ainsi, il sera sûrement plus facile de contrôler des vidéos aux titres sibyllins comme « Sarkozy alcoolisé » ou « Comparini salope selon Devedjian ».
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