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Société - Article paru le 4 janvier 2008 dans l'Humanité

 

Le portable pour enfants mis sur liste rouge

Santé . Après des années de silence complaisant, le ministère alerte sur les risques liés à l’utilisation du téléphone mobile par les enfants.

Alors que Roselyne Bachelot distribuait ses voeux de bonne année sans tabac aux clients de la brasserie Wepler, à Paris, mercredi à la mi-journée, un communiqué paru sur le site du ministère de la Santé aurait presque pu passer inaperçu. Pour la première fois pourtant, une mise en garde officielle sur l’utilisation des téléphones portables par les enfants était adressée aux parents. « L’hypothèse d’un risque ne pouvant être complètement exclue, une approche de précaution est justifiée », a prudemment estimé le ministère. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces « précautions » arrivent bien tard, dix jours après Noël, forte période de frénésie d’achat de… mobiles, notamment pour les enfants.

Marché saturé

chez les adultes

Malgré la forte mobilisation des associations de défense de l’environnement qui étaient parvenues deux fois à faire interdire la commercialisation de BabyMo, mobile pour les enfants de quatre à huit ans, ou encore du Kiditel, c’est au tour d’une société espagnole du nom d’Imaginarium de commercialiser, cette fois avec succès, son M01, un portable pour les enfants de six ans et plus ! « Telle la cavalerie arrivant après la bataille, la ministre de la Santé intervient à contretemps, incitant les parents à ne pas acheter certains types de cadeaux de Noël après Noël », ironisent, dans un communiqué commun, Agir pour l’environnement et Priartém (1). Le 14 décembre 2007, les mêmes s’indignaient « de l’inaction chronique du ministère sur ce sujet ». Aujourd’hui, ils menacent de porter l’affaire devant les tribunaux afin d’interdire le M01. « Le marché de la téléphonie mobile auprès des adultes et des adolescents étant saturé, les opérateurs tentent de s’attaquer aux enfants. Et tant qu’il n’y aura pas une expression officielle sur cette question, les tentatives se renouvelleront », assure Janine Le Calvez, présidente de Priartém.

Les associations au ministère le 15 janvier

Une brèche se serait-elle ouverte ? Le 15 janvier prochain en tout cas ces mêmes associations seront reçues au ministère de la Santé. Une occasion de discuter des derniers résultats scientifiques peu rassurants sur les effets sanitaires d’un usage prolongé du portable sur le cerveau. « Tous les résultats connus sont préoccupants et vont dans le même sens, précise Janine Le Calvez : au-delà de dix ans et pour des utilisations prolongées, les risques de cancer du cerveau, gliomes, méningiomes, neurinomes mais aussi cancer des glandes salivaires augmentent. » C’est ce que démontre une partie des résultats de l’étude « Interphone » lancée en 2000 dans treize pays.

Les résultats globaux, prévus pour fin 2003, se font quelque peu attendre. Et encore l’enquête n’a-t-elle été menée que sur des personnes de plus de dix-huit ans. « Ce qui signifie que les enfants, dont le cerveau est plus sensible, le système neurologique plus fragile, la boîte crânienne plus fine, absorbent 60 % de plus de rayonnement électromagnétique que celui des adultes », confirme Janine Le Calvez. À quand une information fiable et une réglementation claire ? Martine Hours, présidente du conseil scientifique de la Fondation santé et radiofréquence, par où passe les fonds de recherche sur les risques du portable pour la santé, déclarait, il y a quelques jours, souhaiter attendre les dix-huit ans révolus de ses enfants pour leur permettre d’utiliser un mobile.

(1) Pour une réglementation des implantations d’antennes-relais de téléphonie mobile.

Maud Dugrand

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Tag(s) : #Santé
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