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Politique - Article paru le 4 janvier 2008 dans l'Humanité

Editorial par Patrick Apel-Muller

Les nouveaux défis de l’énergie

Ouf ! Christine Lagarde est « extrêmement vigilante », concernant le prix de l’essence. C’est rassurant… La facture ne s’en prépare pas moins. Quand le baril de pétrole atteint les 100 dollars sur les marchés de Londres ou de New York, dans des opérations où s’additionnent l’envolée de la demande mondiale, des inquiétudes géostratégiques et de lucratives spéculations, ce sont les peuples du monde qui paient la note. Trop peu de cette manne profite

aux populations des pays producteurs qui, en revanche, subissent de plein fouet l’augmentation faramineuse des prix alimentaires (40 % en 2007 selon la FAO). Dans un pays développé comme

la France, les milieux populaires vont souffrir d’une nouvelle réduction de leur pouvoir d’achat.

Il en ira pire encore dans

le tiers-monde où le seul surcoût de la facture pétrolière était dix fois supérieur en 2006 aux 50 milliards de dollars

de réduction de dette que le G8 leur avait promis en 2005. Le coût des transports paralysera leur développement déjà mal en point.

Les pauvres sont les principales victimes de cette envolée du coût de l’énergie, n’en déplaise aux adeptes de la décroissance et du pétrole cher.

Elles aussi ont toujours faim mais elles exultent.

Les compagnies pétrolières raflent à l’occasion des records de profits. Les taxes sur les carburants progressent en proportion, englouties à peine encaissées dans les cadeaux destinés aux patronats et aux grandes fortunes. Voilà pourquoi le gouvernement a cassé

le mécanisme de la TIPP flottante qui amortissait les hausses, tandis qu’il laissait les mains libres aux pétroliers. Leurs actionnaires sont béats.

La diminution des réserves pétrolières, les besoins gigantesques d’énergie nécessaires au tiers-monde, l’urgence d’une consommation moins polluante fixent de nouveaux horizons à l’humanité. Ils n’enferment pas son avenir dans la réduction des transports ou dans un coût du carburant prohibitif qui en réserverait l’usage aux plus riches. Ces enjeux dépassent les frontières et dessinent des intérêts communs qui heurtent de plein fouet la nature même des multinationales qui ont pour seul compteur leurs profits. L’intérêt général - qu’on peut traduire par la survie de tous, en un moyen terme menacé par le réchauffement - implique des logiques mondiales de service public pour développer de nouvelles technologies et en assurer l’accès à tous.

Le contraire du mouvement qui, aujourd’hui, étend

la culture des carburants verts au détriment de cultures alimentaires.

Le capitalisme était sans doute le plus efficace pour développer l’économie. Mais aujourd’hui, il sèche devant ces nouveaux défis et ses réponses contredisent l’intérêt du plus grand nombre. Des sommes monstrueuses sont englouties par les banques centrales pour redresser les marchés à la suite des spéculations des subprimes, mais n’en consacrent pas le quart

au développement et au droit à une énergie plus propre. L’argent public à la rescousse des impérities privées… Le libéralisme a des dogmes flexibles !

Un nouveau débat sur le prix du pétrole, sur la TIPP, les profits des pétroliers et sur les politiques publiques doit s’ouvrir. Celui-là implique de vrais choix de civilisation.

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Tag(s) : #Politique
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