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Politique - Article paru le 4 janvier 2008 dans l'Humanité

Quand le pétrole vaut de l’or

Énergie . Le record historique de cent dollars atteint par le baril rappelle l’urgence d’une nouvelle politique énergétique.

Le palier psychologique de 100 dollars le baril brut a été franchi à Wall Street mercredi. Le pouvoir d’achat ne sera pas épargné. Cette nouvelle étape devrait être ressentie dans les prochains jours à la pompe. Le prix du litre d’essence, de gazole ou de fioul pourrait augmenter de 3 à 4 centimes à la mi-janvier par rapport à la moyenne de décembre, a averti jeudi l’Union française des industries pétrolières (UFIP). Les prix des produits manufacturiés et agricoles, dont les coûts de production sont corrélés à l’or noir, risquent de suivre la même pente. Cette flambée du prix démontre une nouvelle fois le caractère fantaisiste des prévisions de croissance du gouvernement. Celui-ci tablait en effet sur un baril à 73 dollars en 2008.

une production stagnante

Cette augmentation exponentielle, quadruplée en cinq ans et doublée en un an - le baril atteignait 50 dollars en 2007 - s’explique par un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande, amplifiée par des tensions géopolitiques et une montée de la spéculation.

Même si une baisse du cours est prévisible dans les prochaines semaines, la tendance à la hausse à moyen et long terme semble malheureusement inéluctable. Depuis près de dix ans, la production de pétrole est stagnante. Elle se situe aux environs de 3 milliards de tonnes par an. Ceci s’explique en partie par une insuffisance des investissements des pays producteurs, en particulier ceux de l’OPEP. Parallèlement, l’essor des économies chinoise et indienne provoque une poussée de la demande. Ce double mouvement alimente le déséquilibre générant ainsi une envolée durable des prix.

Cette explication ne satisfait pas complètement la totalité des spécialistes. « Les prix du pétrole grimpent bien au-dessus du niveau pouvant s’expliquer par les lois de l’offre et la demande », a souligné Julian Jessops, analyste du cabinet Capital Economics.

Ce mauvais ajustement du marché est exacerbé aujourd’hui par de nouveaux troubles géopolitiques touchant les pays producteurs : l’assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan, la semaine dernière, les violences au Kenya, l’instabilité du Nigeria et la guerre civile en Irak sont autant d’éléments responsables d’un amenuisement plus important que prévu de la ressource disponible.

Parallèlement, le monde traverse actuellement une crise financière. L’étude parue, hier, sur l’activité industrielle aux États-Unis, signalant une possible récession de l’activité économique dans son ensemble, n’est pas étrangère à la hausse du prix du pétrole. Cette actualité incite les investisseurs à trouver refuge vers le cours de cette énergie fossile dont la tendance à la hausse, depuis de nombreuses années et plus particulièrement en 2007, apparaît comme un gage de sécurité.

La dévalorisation du billet vert, en particulier vis-à-vis de l’euro, amplifie ce phénomène. Les producteurs sont contraints de vendre plus cher le pétrole pour préserver leurs revenus. Alors que les investisseurs munis d’autres devises, voyant leur pouvoir d’achat augmenter, sont incités à acheter plus de produits vendus en dollars, comme l’or ou le pétrole. Cette dimension fortement spéculative de l’escalade des prix de l’or noir prouve une nouvelle fois la nécessité de s’affranchir de la dépendance pétrolière.

l’avenir confié

aux groupes privés

Cette nouvelle envolée du prix du baril et son impact sur l’économie mondiale conjugués aux impératifs de la lutte contre le réchauffement climatique imposent à moyen terme une émancipation de nos sociétés vis-à-vis du pétrole. Ceci implique une révolution et non une simple remise en cause du modèle de développement. Dans ce contexte, l’abandon de la maîtrise publique des secteurs de l’industrie, des transports et de l’énergie va à l’encontre d’un modèle de développement durable.

Le gouvernement en privatisant les opérateurs énergétiques, comme EDF-GDF, et l’Union européenne en libéralisant le marché de l’électricité et du gaz se désengagent de la gestion de ces ressources. L’avenir énergétique du pays comme du continent se trouve confié aux seuls groupes privés.

Aux logiques d’intérêt général se substituent, par ce biais, celles de la rentabilité immédiate. Les consommateurs en paient le prix. Ainsi, la hausse au 1er janvier de 4 % du tarif du gaz a pour but unique de soutenir le cours de l’action Gaz de France. L’autre conséquence est celle de l’accroissement du déséquilibre dans la répartition des bénéfices au détriment des investissements nécessaires à la sécurité d’approvisionnement.

Clotilde Mathieu

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Tag(s) : #Economie
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