Le Burundi entre instabilité et recherche de la paix
La mort de la Française employée de l’organisation humanitaire Action contre la faim (ACF) semble être davantage due à une recrudescence du brigandage dans la région qu’à la situation politique. Après une guerre civile sanglante qui a vu Hutu et Tutsi s’affronter, faisant près de 300 000 morts après 1993, le pays est parvenu à un relatif état de paix civile depuis le cessez-le-feu signé entre les principaux partis en 2003. La plupart des groupes armés acteurs du conflit ont été intégrés à l’armée régulière.
Pour lisser les dissensions, la Constitution de 2004 prévoit un système de représentation à dosage ethnique, qui fait la part belle aux Tutsi. Ceux-ci, très minoritaires (15 %), peuvent obtenir jusqu’à 40 % des sièges. En août 2005, le Parlement a élu président le Hutu Pierre Nkurunziza après la victoire aux élections législatives par 58,23 % des voix, de son parti, le CNDF-FDD, un ancien mouvement rebelle.
Depuis, le pays souffre d’une instabilité ministérielle, avec six gouvernements depuis l’élection de Pierre Nkurunziza. Lors de la dernière crise institutionnelle en novembre dernier, il a dû faire entrer deux partis d’opposition dans son gouvernement. Les accusations de corruption ont miné la confiance envers le gouvernement et le président, du fait d’une mauvaise utilisation des fonds versés par l’UE. Les critiques contre l’absence de respect des droits de l’homme, les atteintes à la liberté d’expression et les arrestations arbitraires ne manquent pas. Ainsi, le mois dernier, deux centrales syndicales ont lancé une grève pour réclamer la libération de quatre de leurs responsables.
Le principal problème du pays est le non-règlement de la question des Forces nationales de libération (FNL), un groupe rebelle d’extrémistes hutus qui, malgré un cessez-le-feu en septembre 2006, continuent d’agir. Le gouvernement privilégie la voie de la chasse à l’homme à celle de la négociation, critiquent les associations de défense des droits de l’homme. Lors de ses voeux, mardi, le président a appelé le mouvement armé à s’entendre avec le gouvernement « sur les moyens de mettre en application les accords de cessez-le-feu ». Sans pouvoir prétendre rallumer la guerre civile, ce mouvement est essentiellement actif dans l’ouest du pays, où il est source d’insécurité. La police burundaise note depuis quelques mois une montée des actes de violence dans ce pays parmi les plus pauvres du monde. Un rapport de la Ligue burundaise des droits de l’homme montre que des actes de banditisme armé sont signalés chaque jour et aussi une grande circulation d’armes dans la population civile.
Gaël De Santis
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)