Des mots pour ne pas le dire
Pour ces premiers voeux du quinquennat, les services de la présidence de la République avaient annoncé une rupture. Les téléspectateurs n’auront finalement constaté qu’un léger dépoussiérage de l’exercice. À l’image fixe du palais de l’Élysée, Nicolas Sarkozy a préféré celle du portail s’ouvrant sur la cour d’honneur. À l’allocution préalablement enregistrée comme la pratiquaient ses prédécesseurs, il préfère le direct et une courte intervention de six minutes. La mise en scène est censée montrer un chef de l’État proche de ses concitoyens. Mais passé ces artifices de communication et la première « pensée pour chacun d’entre vous », il a démontré qu’il fait bien peu de cas des préoccupations des Français. Ainsi, l’emploi n’est évoqué qu’au nombre de leurs « peurs » et de leurs « craintes ». Le logement est absent du discours. Quant au pouvoir d’achat, à en croire Nicolas Sarkozy, le problème est derrière nous. La chose aurait été traitée au cours de l’année 2007. Et si les changements attendus par les Français ne sont pas au rendez-vous, c’est que « tout ne peut être résolu en un jour » et que « la crise financière freine la conjoncture internationale ». Néanmoins, le président de la République promet que « les premiers résultats devraient se faire sentir » en 2008.
Nicolas Sarkozy prétend être « le président de tous les Français » et agir « dans l’intérêt de la France ». « L’ouverture », symbolisée par la présence de plusieurs ministres socialistes au sein du gouvernement de François Fillon, est censée en apporter la preuve. Reste que lorsqu’il tire le bilan de ses huit premiers mois passés à l’Élysée, qu’il qualifie de « première étape sur la voie du changement », c’est pour défendre sa politique au service des plus riches et du MEDEF. Il choisit ainsi de mettre en avant sa réforme fiscale favorable aux plus aisés, la remise en cause des régimes spéciaux, l’instauration du service minimum et la relance de la constitution européenne ultralibérale.
Pour 2008, Nicolas Sarkozy annonce la poursuite et l’amplification de son entreprise de destruction du modèle social. Il entend ainsi mettre en oeuvre « une politique qui touche encore davantage à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde ». « Cette politique de civilisation », dont il prétend qu’elle doit répondre « aux causes réelles de nos maux », n’a ainsi pour but que de poursuivre l’intégration à marche forcée du pays dans la mondialisation libérale.
« Les réformes de civilisation » que le premier ministre, François Fillon, s’est dit immédiatement prêt, avec son gouvernement, à conduire porteront sur l’école, la ville, la justice, « l’intégration ». Nécessité aussi, selon le président de la République, de « moraliser le capitalisme financier ». « Notre vieux monde a besoin d’une nouvelle Renaissance », soutient-il, en référence à la période charnière entre l’époque médiévale et l’époque moderne qui vit un renouveau intellectuel, artistique et économique. Reste qu’au vu des réformes annoncées pendant la trêve des confiseurs, en particulier la remise en cause du principe même de durée légale du temps de travail, « la Renaissance » de Nicolas Sarkozy a des accents forts moyenâgeux.
Pierre-Henri Lab
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