Parti Communiste : « Une campagne de vérité sur l’argent »
Editorial de Pierre Laurent de l’Humanité Dimanche du 13/12/07
Mis en difficulté sur la question du pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy cherche à renouveler les termes du marché de dupes qu’il avait vendu aux Français pendant la campagne électorale sous le vocable « travailler plus pour gagner plus ». Seulement l’affaire se complique, car maintenant les belles formules ne suffisent plus. Les salariés font leur compte et ne voient rien venir. Pour parvenir à ses fins, le chef de l’Etat tente une nouvelle offensive en procédant comme à son habitude à un détournement de mot. Ainsi, toute mesure visant à déréglementer un peu plus le travail, à amoindrir les garanties collectives qui l’entourent, est désormais présentée dans la rubrique pouvoir d’achat : le travail du dimanche, le rachat des RTT qui va de pair avec le dépeçage des 35 heures, la défiscalisation des heures supplémentaires, autrement dit l’augmentation des exonérations de cotisations patronales… Toutes ces mesures et bien d’autres deviennent ainsi, par la magie du discours présidentiel, des mesures en faveur du pouvoir d’achat. Les salariés qui reçoivent leur feuille de paie auront beau se frotter les yeux, le total net inscrit au bas de cette feuille ne variera pas. Mais cela n’empêchera pas le gouvernement de marteler qu’avec toutes ces mesures le débat était clos, il n’y avait plus qu’à « faire tourner la machine » !
C’est donc au prix d’une intense pression idéologique censée de convaincre les salariés de l’équation « déréglementation du marché du travail = pouvoir d’achat » que le pouvoir espère faire avaler ses bobards. Cela y va donc fort, du soir au matin, pour nous expliquer que les seules limites rencontrées par ceux qui veulent plus de travail et plus de salaires sont les protections sociales gagnées au fil du temps par les salariés et leurs syndicats. Repos du dimanche, horaires légaux du temps de travail, droits au repos compensateurs …. tout est montré du doigt, tandis que la responsabilité des colossaux prélèvements financiers et boursiers sur les richesses créées est totalement occultée.
C’est dans cette campagne permanente de mystification que Marie-George Buffet a entrepris de dénoncer dans le discours de clôture de l’assemblée extraordinaire du PCF. Un militant communiste, salarié de la RATP engagé dans le mouvement sur les retraites et outré de voir ses collègues traités de « privilégiés », avait appelé tous ses camarades à une campagne de vérité sur l’argent qui existe dans le pays. Message reçu, la responsable communiste a annoncé le lancement d’une campagne de longue haleine qui fasse la vérité sur les richesses créées par le travail, celles qui sont accaparées par les prédateurs financiers, soustraites à l’investissement productif utile, une campagne qui décline les exigences populaires en matière de salaires, de retraites, de minima sociaux, de protection sociale, de formation, et mettent les pieds dans le plat sur l’utilisation actuelle de tout l’argent disponible.
Cette campagne, si elle est effectivement menée dans la durée, peut bousculer bien des idées reçues que le patronat s’acharne depuis des années à transformer en prétendues évidences. Le rôle des marchés financiers, des immenses fonds de capitalisation boursière, des énormes profits réalisés par les groupes du CAC 40 (près de 100 milliards d’euros), est sans cesse minimisé, alors que gît là un considérable potentiel de réorientation économique et sociale pour le pays. A l’inverse, les cotisations sociales, qui financent la solidarité des protections sociales, tandis que les revenus financiers s’en exonèrent presque totalement, sont sans cesse transformées en accusées. Or chaque fois que le cadeau d’une cotisation sociale supplémentaire est fait au patron sous prétexte d’élever le salaire ou l’emploi, c’est dans la poche des financiers (actionnaires, banquiers ou assureurs) que finit cet argent. Il faut rétablir la vérité sur ce hold-up permanent. L’année 2008 peut être une année de transparence utile si elle sert à faire la lumière sur ce point obscur de l’idéologie sarkozyste.
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