L’opération « Emmanuel », une si longue attente…
Caracas (Venezuela),
envoyée spéciale.
« On a attendu six ans alors deux ou trois jours. » Maria Camila Rojas attend « avec tranquillité » la libération des trois otages retenus par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), sa tante Clara Rojas, Emmanuel, le fils qu’elle a eu en captivité, et l’ex-sénatrice, Consuelo Gonzalez de Perdomo.
« Patience, foi, et nerfs à zéro »
Après une attente de près de six ans pour la famille Rojas, Clara Rojas ayant été enlevée en 2002 avec la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, la situation s’est brusquement précipitée le 18 décembre dernier, après l’annonce de la guérilla de remettre au président Chavez trois séquestrés en reconnaissance de sa médiation dans la crise des otages, mais surtout avec la mise en route du plan de sauvetage humanitaire chargé de les récupérer. L’opération « Emmanuel », placée sous l’égide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), avec la participation de sept émissaires latino-américains (Argentine, Brésil, Bolivie, Colombie, Cuba, Équateur, Venezuela) et deux européens, dont la Suisse et la France, serait entrée hier dans sa troisième phase. Le haut-commissaire pour la paix en Colombie et émissaire de la caravane aérienne pour le sauvetage humanitaire, Carlos Luis Restrepo, a en effet indiqué que « le gouvernement colombien avait autorisé » l’atterrissage à Villavicencio (centre de la Colombie) de deux autres hélicoptères vénézuéliens ainsi qu’un avion Falcon où devait se trouver à bord Ramon Rodriguez Chacin, coordinateur de la mission et présenté comme l’intermédiaire entre Caracas et la guérilla. Son éventuelle arrivée dans cette ville, transformée en QG des opérations, a aussitôt été interprétée comme le déclenchement possible des manoeuvres. Mais, hier midi, heure locale, les deux hélicoptères chargés de récupérer Clara Rojas, Emmanuel et Consuelo Gonzalez de Perdomo, restaient toujours immobilisés, laissant penser que la mission pourrait être encore retardée pour des raisons de sécurité de part et d’autre, la remise des otages devant s’effectuer de jour. « Patience, foi et nerfs à zéro », a recommandé, hier, Nicolas Maduro, ministre des Affaires étrangères vénézuélien, interrogé par Venezolana de Television face à l’effervescence de la situation. La veille, le départ pour Villavicencio des émissaires a agité les esprits avant que l’ambassadrice d’Argentine au Venezuela, Alicia Castro, ne précise aux nombreux journalistes présents à l’aéroport international de Caracas, qui n’ont finalement pas pu se rendre dans l’un des lieux pressentis au Venezuela pour accueillir les otages, que « les conditions (des opérations) n’étaient pas finalisées ». Selon plusieurs sources, les FARC n’ayant toujours pas transmis les coordonnées du lieu où se trouveraient Clara Rojas, Emmanuel et Consuelo Gonzalez de Perdomo, l’opération s’avère délicate. Pour des raisons de sécurité de part et d’autre, les informations géographiques « ne seront seront communiquées à la Croix-Rouge et aux pilotes que lorsqu’ils seront en vol », a expliqué, samedi, Ramon Rodriguez Chacin.
De fait, jamais auparavant une remise d’otages ou de prisonniers ne s’était organisée de la sorte. En 1997, lors de la libération unilatérale de la part des FARC de 70 soldats, la ville de Cartagena de Chaira avait été démilitarisée afin de faciliter la restitution des prisonniers. En 2000, lors du processus de dialogue et de négociation entre la guérilla et le gouvernement colombien du président Pastrana dans les années 2000, l’accord dit de la Macarena, qui s’était conclu par la libération de plus de 100 soldats en échange de quatre guérilleros, avait également été scellé sur un territoire dégagé de toutes forces militaires et policières.
Compter les minutes et les secondes
À ce propos, Carlos Luis Restrepo a informé hier que son gouvernement « offrait toutes les garanties », en insistant sur le fait que Bogota n’avait fixé aucun ultimatum à cette opération. Une tentative de prendre à contre-pied les déclarations selon lesquelles l’exécutif colombien ne jouerait pas franc jeu, certains faisant allusion à d’éventuelles opérations militaires des États-Unis, présents sur le territoire colombien via le plan militaire « Patriote ».
Désormais, les seuls propos des figures politiques se bornaient hier pour l’essentiel à appeler à la « discrétion » et à la « patience » en raison des « conditions difficiles » de la situation, de l’aveu de Ramon Rodriguez Chacin. Une manière également de freiner les polémiques croissantes quant au prolongement de l’opération.
Maria Fernanda de Perdomo, fille cadette de l’ex-sénatrice séquestrée, attend dans la capitale vénézuélienne de retrouver sa mère qu’elle n’a pas vue depuis sept ans. Elle déclarait récemment compter « les minutes et les secondes », en espérant que « tout cela se passe bien ». Remerciant « la médiation du président vénézuélien Hugo Chavez, le geste unilatéral des FARC et l’attention des Vénézuéliens » à leur égard, la jeune femme a eu ces mots à l’adresse « de ceux qui sont restés dans la jungle » : « Ce ne sera pas un bonheur complet tant que tous ne reviendront pas, a-t-elle déclaré. Notre rêve est de tous les accueillir. »
Cathy Ceïbe
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)