Un chiffre, une vie, des lettres
Le 15 décembre dernier, Brice Hortefeux a annoncé l’expulsion de 21 000 personnes entre janvier 2007 et la fin novembre. Depuis, la police et la gendarmerie s’évertuent à terminer l’année afin d’atteindre les 25 000 « éloignés », selon l’euphémisme du ministre. Chaque chiffre, chaque élément du quota correspond à une vie brisée. C’est cette réalité que Réseau Éducation sans frontières (RESF) veut faire toucher du doigt en lançant, depuis ce lundi et jusqu’au 31 décembre, une campagne de lettres adressées au ministre de l’Immigration. RESF invite donc chacun de ses membres, les militants et les citoyens sensibilisés à l’inhumanité de la politique d’expulsion, à écrire une courte monographie sur une famille, une personne, un jeune sans-papiers, avec « des faits, mais aussi de la chair, de l’émotion, des convictions », mais « sans mélo, la réalité suffit ».
« La vie plutôt
que les chiffres »
Pour se faire, il est nécessaire, d’une part, de mentionner le nom de la campagne « La vie plutôt que les chiffres » et celui du réseau et, d’autre part, d’avoir obtenu l’accord des personnes concernées, qui peuvent être présentées nominativement ou sous leurs initiales. La lettre doit être adressée par la poste à ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, ministère de l’Immigration, 101, rue de Grenelle, 75323, Paris Cedex 07, avec la mention « Noël » sur l’enveloppe, et une copie à RESF (s/c EDMP. 8, impasse Crozatier, 75012 Paris).
Si un chiffre égale une vie, une vie peut mériter plusieurs lettres. À titre d’exemple, RESF 13 recommande de faire le forcing sur les dangers que court Ferzende Tastan. Ce dernier, condamné à trois mois de prison et trois ans d’interdiction du territoire pour refus d’embarquement, risque au terme de son incarcération de passer de la geôle à l’avion pour la Turquie alors qu’il est présenté - à tort - comme « dirigeant » du Parti des travailleurs kurdes. À telle enseigne que le président du MRAP des Bouches-du-Rhône a demandé une rencontre à Rama Yade, la secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme. Pour avoir une idée de ce qui attend Ferzende et Sedat, son fils aîné qui sera jugé en mars prochain également pour refus d’embarquement, il suffit de savoir que les amis d’Ibrahim, en Seine-et-Marne, sont sans nouvelles du lycéen kurde, emprisonné à son arrivée en Turquie, puis relâché pour être enrôlé de force dans l’armée turque qui pilonne les villages du « peuple des montagnes ».
« Noël et la peur, ça ne va pas ensemble »
L’initiative de RESF donnera lieu à une lecture publique par des acteurs et diseurs de talent, dans un théâtre, à Paris et dans toutes les villes qui le souhaitent, fin janvier, après les manifestations du 19, contre les centres de rétention administrative et d’enfermement.
Par ailleurs, pour RESF 75 : « Noël et la peur, ça ne va pas ensemble ». Précisant que cent trente parents ont été mis en rétention depuis le début du mois d’août, le réseau parisien invite ses militants à envoyer des cartes de voeux au préfet de police pour lui demander de « cesser d’entretenir la terreur dans la ville dont il est le garant de la sécurité ».
Émilie Rive
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