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International - Article paru le 21 décembre 2007

europe

L’Est rejoint Schengen, une forteresse aux murs toujours plus hauts

Libre circulation . Plus de frontières intérieures pour neuf nouveaux adhérents à l’espace Schengen qui érige à sa périphérie des barrières toujours plus difficiles à franchir.

Il y a la version officielle, les inaugurations tonitruantes et les feux d’artifices : une frontière qui tombe, c’est toujours une bonne nouvelle. Pas question de bouder le plaisir des heureux citoyens des neuf nouveaux adhérents de l’espace Schengen. À compter d’aujourd’hui, Maltais, Polonais, Tchèques, Slovaques, Estoniens, Lituaniens, Lettons, Hongrois et Slovènes peuvent à loisir aller et venir dans vingt-quatre pays sans avoir à justifier de leur identité - s’ils ont choisi la voie terrestre : la mesure ne s’appliquera aux aéroports qu’à partir du 30 mars prochain.

« Nous sommes devenus des citoyens européens de première catégorie », s’enthousiasme la presse des pays concernés - Chypre, la Roumanie et la Bulgarie devront d’ailleurs encore attendre avant de rejoindre leurs confrères. On comprend aussi la joie du premier ministre slovaque, Robert Fico, qui devait célébrer l’événement hier en entamant à la scie une barrière douanière entre l’Autriche et la Slovaquie. « Là où, en 1989, il y avait encore des barbelés comme symbole de la séparation, les barrières vont tomber maintenant. C’est un symbole pour une Europe libre et ouverte », n’a pas manqué de rappeler cette semaine le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer.

frontaliers exclus

Tout à sa joie de voir parachevé le démantèlement symbolique du rideau de fer, ce dernier omet pourtant un détail important : l’espace Schengen fabrique aussi ses exclus et s’entoure de barbelés toujours plus imposants. Premiers à s’en soucier, les frontaliers, habitués des deux rives, tels les Ukrainiens de l’Ouest aujourd’hui séparés de la Pologne et de la Slovaquie voisines où ils avaient l’habitude de se rendre régulièrement : ils devront désormais présenter à la frontière un visa, un billet aller-retour, un pécule quotidien minimum et une assurance-maladie. Ou la Slovénie, qui s’ouvre à l’Autriche et à l’Italie pour mieux se fermer à la Croatie voisine : une dizaine de points de passage entre les deux pays sont désormais clos, et 1 885 policiers ont été recrutés pour surveiller les 670 km de frontière commune.

L’enclave se referme d’ailleurs autour de l’instabilité balkanique, en dépit des promesses répétées de Benita Ferrero-Waldner, commissaire chargée des Relations extérieures et de la Politique européenne de voisinage, de faciliter l’accès des étudiants ou des hommes d’affaires aux visas pour l’Union européenne, gages de toutes les réussites. Ces derniers pays ont certes vocation à rejoindre un jour l’Union - un jour -, la pilule n’en est pas moins amère.

En guise de voisinage, l’Union ne ménage pas ses dépenses pour ériger des murs toujours plus hauts entre elle et ceux qui n’ont pas l’honneur d’avoir rejoint un club toujours plus privé. Caméras fixes, mobiles, à infrarouge, détecteur de chaleur et de mouvement, rayon X : les nouveaux pays de l’espace Schengen se sont dotés de quoi rebuter ceux qui s’aventureraient à ses frontières. « On ne fait pas mieux ailleurs », se targue ainsi à l’AFP le chef de la police des frontières slovaques.

visa pour adhérents

Montant des investissements de l’UE pour équiper les frontières extérieures de Schengen de produits high-tech et de véhicules futuristes en prévision de ce nouvel élargissement : 1,07 milliard d’euros, à quoi viennent s’ajouter 356 millions d’euros pris en charge par les États concernés.

Autre élément clé du fonctionnement des adhérents à l’espace Schengen : le système d’information Schengen (SIS), « une frontière électronique », comme le résume le commissaire Bernard Kirch, responsable du site SIS depuis sa création à Strasbourg en 1995, où sont centralisées 22 millions de données sur les objets volés, sur les personnes recherchées, disparues ou… non admissibles dans l’espace Schengen. Une deuxième version du SIS devrait voir le jour dans le courant 2008, avec en prime le stockage de données biométriques (empreintes digitales et photographie) et de nouvelles informations.

Pour compenser l’ouverture des frontières, les pays membres ont mis en place une intense coopération policière et judiciaire - laquelle s’avère par ailleurs plus efficace en matière d’atteinte aux libertés que sur l’opinion : 75 % des Autrichiens sont par exemple opposés à l’ouverture de leurs frontières (sondage pour la télévision publique ORF), qu’ils voient comme une menace de hausse de la criminalité.

Autre conséquence de l’espace Schengen, la mise en place d’un visa commun aux adhérents. Une facilité appréciable pour les chanceux qui en disposent. Mais ils sont de plus en plus rares : l’homogénéisation des conditions d’attribution s’est faite « par le bas » en vertu d’une politique européenne toujours plus fermée aux migrants. En témoignent différentes directives relatives au droit d’asile. Ou le projet de directive dite « retour », destinée à « harmoniser » les lois européennes en matière d’enfermement et de renvoi des étrangers en situation irrégulière, et contre laquelle se sont mobilisées la Cimade et quatorze autres associations qui ont lancé une pétition (1). Selon ce projet, la durée de détention des étrangers en situation irrégulière autorisée (sans pour autant que ces derniers n’aient commis aucun délit) serait de dix-huit mois dans toute l’Union européenne. À titre de comparaison, il est actuellement de trente-deux jours en France. Autre mesure envisagée : interdire le territoire européen pendant cinq ans à toute personne ayant fait l’objet d’une « procédure d’éloignement ».

(1) voir le site http://www.directivedelahonte.org/

Anne Roy

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Tag(s) : #Europe
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