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Société - Article paru le 17 décembre 2007 dans l'Humanité

 

Augustin Legrand dénonce « un mensonge d’État »

Le porte-parole des Enfants de Don Quichotte dénonce le double langage de Christine Boutin, qui reconnaît en privé que les objectifs ne sont pas remplis.

Christine Boutin parle de 150 places disponibles, vous dites qu’il en manque 14 000. Qui a raison dans cette bataille de chiffres ?

Augustin Legrand. Nous tenons ces chiffres de notre participation au comité de suivi du droit au logement opposable (DALO) : ce sont les chiffres du gouvernement. Quelques exemples : l’objectif fixé l’an dernier était de construire 9 000 places en maisons relais d’ici la fin de l’année. Il n’y en aura que 2 500, finalement. 1 500 places ont été promises en

logis-relais ? Il y en aura entre 0 et 150. Enfin, sur les 7 000 logements promis par Jean-Louis Borloo destinés aux travailleurs pauvres, moins de 500 auront été attribués.

Vous dénoncez donc un mensonge pur et simple…

Augustin Legrand. Oui. Un mensonge d’État. Christine Boutin nous dit, en privé, que le PARSA (plan d’action pour l’hébergement des SDF - NDLR) n’est pas rempli dans ses objectifs, qu’elle n’en a pas le budget. Après quoi elle affirme, sur TF1, devant des millions de téléspectateurs, que les engagements sont tenus. On ne peut pas mentir comme cela au public, c’est irresponsable. C’est une manipulation politique et médiatique.

Quid des 150 places toujours disponibles ?

Augustin Legrand. Peut-être existent-elles, dans les centres d’hébergement d’extrême urgence. Mais cela ne correspond pas aux besoins de tous les SDF qui, quoi qu’il en soit, sont aujourd’hui 7 000 à Paris. Je viens de faire le 115, en prenant le profil d’un homme à la rue depuis peu. « Pierre Guinec, né en 1973, séparé de ma femme depuis 10 jours… » On m’a dit : « On ne peut rien faire pour vous. Le 115, c’est pour la très grande exclusion… »

L’an dernier, pourtant, Mme Boutin, affirmait, la larme à l’oeil, comprendre le refus de certains SDF à aller dans des hébergements indignes, sous-dotés financièrement, bruyants et insalubres…

L’an dernier, vous vous félicitiez de l’instauration du DALO. Cette année, vous le qualifiez de « coquille vide »… Péché de naïveté ?

Augustin Legrand.Le volet DALO devait être un moteur pour construire. Nous disions : c’est une grande avancée, il faut vérifier qu’elle s’applique. Nous avons accepté d’attendre, de ne pas travailler dans l’urgence, de suivre les dossiers… Quand ils ont pris du retard, nous avons alerté l’Assemblée, le ministère, M. Fillon… En vain. Les députés de l’UMP, qui se disaient tous d’accord avec notre constat, n’ont rien fait. Ce n’est pas un péché de naïveté de notre part, ce sont eux qui ont trahi notre confiance. C’est très grave, surtout concernant un principe fondamental. On a promis un toit à des personnes qui n’en ont pas. On s’est même fait élire grâce à cela… Nicolas Sarkozy, le 18 décembre 2006, jurait que dans deux ans, plus personne ne serait obligé de dormir sur le trottoir. Or, le budget est voté et l’avenir est clair : nous allons droit dans le mur.

Le gouvernement affirme qu’il ne signera jamais plus d’accord en cas de campements urbains. Vous envisagez de changer de stratégie ?

Augustin Legrand. Non. Nous ne faisons pas des campements pour faire lâcher le gouvernement. Nous faisons des campements pour mettre des personnes à l’abri. Avec des travailleurs sociaux, des couvertures et de la nourriture. Et nous restons déterminés.

Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand

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Tag(s) : #Logement
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