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Société - Article paru le 14 décembre 2007 dans l'Humanité

Du HLM social au ghetto de pauvres

à Vandoeuvre-lès-Nancy, Nicolas Sarkozy réduit la vocation des HLM à l’accueil des plus pauvres. Une dérive condamnée par les acteurs du logement.

Devenu président de la République, Nicolas Sarkozy use des mêmes grosses ficelles démagogiques qui ont structuré son discours de campagne. Il n’a de cesse d’opposer les Français les uns aux autres : actifs contre chômeurs, « privilégiés » bénéficiant d’un régime spécial contre salariés relevant du régime général, fonctionnaires contre salariés du privé… Mardi, son discours sur le logement, à Vandoeuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), n’a pas fait exception. Le chef de l’État y a opposé les plus démunis, qui « n’accèdent pas aux logements sociaux et sont rejetés vers des habitats précaires », à « ceux » qui occupent déjà des logements sociaux. Faisant mine de défendre « les plus pauvres » qui ne peuvent « être logés dans des conditions décentes par le libre jeu du marché », il renvoie les occupants actuels des HLM, qui « peuvent y demeurer à vie, quelle que soit l’évolution de leurs revenus » à ce même marché. Ce faisant, il dédouane volontairement la spéculation immobilière, qui pousse de plus en plus les « classes moyennes », dont il se revendique le défenseur, vers le logement social.

La préoccupation immédiate de Nicolas Sarkozy ? Réduire les listes d’attente en HLM. Selon lui, « 1,5 million de personnes » en attendent un (1,3 million, selon l’Union sociale pour l’habitat). L’objectif de façade du président de la République, favoriser l’accès de « ceux qui en ont le plus besoin » au logement social, est partagé par Jeudi noir. Pourtant, l’ampleur des « abus » dénoncés dans le discours ultralibéral du président doit être minimisée. « D’après le rapport de Valérie Létard (secrétaire d’État à la Solidarité), seulement 4 % des locataires dépassent les plafonds de plus de 20 % », rappelle Jeudi noir. Dans ce cas, « les organismes de gestion de logements à vocation sociale ont déjà la possibilité d’appliquer un surloyer », explique l’Indecosa-CGT.

L’association de consommateurs CLCV renchérit. Selon elle, habiter en logement social n’est pas un « privilège » : « 93 % des locataires en HLM ont des revenus inférieurs aux plafonds de ressources » nécessaires pour prétendre à un logement. Réagissant à la proposition élyséenne de « suppléments de loyers de solidarité » pour les occupants dépassant les plafonds, l’association prévient : « Imposer un surloyer aux 7 % de locataires qui ont vu leurs revenus s’accroître au fil des années les incitera à partir. » Pour la CLCV, le réexamen tous les trois ans de la situation des ménages logés en HLM est une « remise en cause du principe du bail à durée indéterminé ». La fin du « droit au maintien dans les lieux ». La fin de la « mixité économique et sociale indispensable à l’équilibre des quartiers ». Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, est plus catégorique : « Exclure de l’accès au logement social l’immense majorité des salariés », c’est prendre le risque de fabriquer « de véritables ghettos de pauvres ». Le véritable « objectif » de Nicolas Sarkozy ?

Grégory Marin

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Tag(s) : #Logement
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