« Le logement n’est toujours pas une véritable priorité »
Comment jugez-vous les annonces du chef de l’État en matière de logement ?
Jean-Pierre Giacomo. J’ai noté trois absences significatives dans ce discours. Tout d’abord, celle de l’article 55 de la loi SRU qui impose aux communes la construction de 20 % de logements sociaux. Rien, dans les annonces de Nicolas Sarkozy, n’est dit sur les villes qui s’exonèrent, aujourd’hui, de ce devoir. Deuxième point : j’aurais aimé que le président de la République dise clairement que le logement est une véritable priorité nationale, or il n’en est rien. Enfin, ce que je constate dans ces annonces, c’est que l’État ne met pas un centime, comme d’ailleurs c’est le cas pour le pouvoir d’achat. La caution ramenée à un mois de loyer, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Quant à la garantie du risque locatif, dont Nicolas Sarkozy s’attribue la gloire, elle a été portée et conçue il y a plus de six ans et certainement pas par lui ! Dire que l’État va mettre à disposition des terrains, combien de fois ne l’ai-je pas entendu ? Et quand le président dit cela, Bercy rectifie tout de suite : vendre oui, mais au prix du marché. Ce n’est donc pas une « mise à disposition », c’est une vente.
Nicolas Sarkozy entend également modifier l’attribution des HLM au profit des plus modestes, en réévaluant tous les trois ans les revenus des locataires…
Jean-Pierre Giacomo. C’est une erreur fondamentale. Tout d’abord, le président s’appuie sur des chiffres inexacts, dont il sait pertinemment qu’ils sont gonflés. Tout le monde admet qu’il y a aujourd’hui en France 1,3 million de demandeurs de logement social, et voilà que le président nous en rajoute 200 000, comme ça, par la grâce du Saint-Esprit ! Idem pour les locataires qui dépasseraient les plafonds de ressources : les meilleurs connaisseurs du dossier évoquent 5 % à 6 % de ménages, lui en annonce 10 %. C’est malhonnête. D’autant que l’essentiel de ceux qui dépassent ces plafonds le font dans des proportions limitées, inférieures à 20 %. On veut transformer un système qui avait pour but d’assurer la diversité en un système pour les plus défavorisés. En clair, on va entasser la misère, les difficultés, dans les mêmes ensembles d’habitations. Il s’agit d’un recul sans précédent sur les valeurs du logement social.
Vous avez manifesté hier devant la Caisse des dépôts contre « la casse du Livret A ». Quels sont les dangers de cette réforme, selon vous ?
Jean-Pierre Giacomo. La « banalisation » du Livret A (c’est-à-dire son ouverture à l’ensemble des banques et plus seulement à la Banque postale ou à la Caisse d’épargne - NDLR) va conduire, quoi qu’en dise le président, à une décollecte. Pour les banques, le Livret A, c’est un produit d’appel. À partir duquel elles vont proposer à leurs clients d’autres produits comme de l’assurance-vie, qui sont plus intéressants pour elles. Tout cela fait donc peser un risque important sur le financement du logement social.
Entretien réalisé par Alexandre Fache
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