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International - Article paru le 10 décembre 2007 dans l'Humanité

 

Kadhafi plante sa tente à Paris pour cinq jours

Libye . Contrats juteux en perspective, Nicolas Sarkozy déroule le tapis rouge au dirigeant libyen. Une visite controversée en raison du passé tumultueux du guide de la Jamahyiria.

Le colonel Kadhafi se rend rarement en visite officielle dans les pays occidentaux. Et quand cela arrive, ça ne passe pas inaperçu. Celle de cinq jours qu’il effectue à partir d’aujourd’hui est la première depuis 1973. L’homme aux lunettes Ray-Ban, accompagné des « amazones » qui lui servent de bodyguards et dont il ne se sépare jamais, est de nouveau fréquentable. N’a-t-il pas livré les commanditaires de l’attentat de Lockerbie (décembre 1988) à la justice écossaise avant d’indemniser les familles des victimes ? N’a-t-il pas fait de même envers les familles des victimes de l’attentat contre le DC-10 de l’UTA en 1989 ? Mieux, la Libye a reconnu en 2003 sa responsabilité avant d’annoncer qu’elle renonçait au programme de fabrication des armes de destruction massive (ADM) et au terrorisme. Résultat, les sanctions onusiennes sont levées, les pays occidentaux renouent avec la Libye, les liaisons ariennes sont rétablies entre Tripoli et les capitales occidentales et les relations économiques reprennent. Encore mieux, Kadhafi ouvre le secteur de l’énergie aux entreprises occidentales, principalement anglo-saxonnes, lesquelles en réalité n’ont jamais quitté la Libye, se découvre une âme d’Africain et prend ses distances avec le monde arabe.

faire table rase

du passé

Son passé de « terroriste » jeté aux oubliettes, le dirigeant libyen, dont le pays regorge de pétrole, est choyé par les capitales occidentales, et ce en dépit de l’épisode scandaleux des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien qui ont été maintenus durant près de huit ans dans les prisons libyennes accusés d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens.

La suite est connue. Le 24 juillet Cécilia Sarkozy se rend à Tripoli et obtient la libération des détenus. Le lendemain 25 juillet, Nicolas Sarkozy prend le chemin de Tripoli et annonce la conclusion d’un « mémorandum d’entente sur le nucléaire » avec le colonel Kadhafi avec, à la clé, une invitation à se rendre en visite officielle en France. À l’évidence, il y a eu troc : des armes et la technologie nucléaire contre la libération des infirmières et du médecin palestinien. Malgré les démentis officiels, c’est Seif El-Islam, le fils de Kadhafi, qui a vendu la mèche dans un entretien au Monde. Et tout récemment, l’ex-chef de la délégation de la Commission européenne en Libye, Marc Pierini a confirmé que « les armements et le nucléaire » ont été « des éléments décisifs » dans la libération des infirmières et du médecin.

Contrats juteux en perspective

Cela étant, la visite de Kadhafi ne plaît pas à tous. Le bouillant colonel en a rajouté vendredi à Lisbonne , jugeant « normal que les faibles aient recours au terrorisme » face aux « superpuissances ». « Aucune signature de contrats commerciaux ne peut légitimer un tel aveuglement de la part de Nicolas Sarkozy », a stigmatisé samedi le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande. « Cette visite est indigne de la France et indigne pour la France », avait déjà tonné le président du Modem, François Bayrou. Ségolène Royal a elle aussi qualifié la visite de « très choquante ». Un tollé bien orchestré. À Lisbonne, à l’ouverture vendredi du sommet UE-Afrique, Nicolas Sarkozy a choisi d’assumer très publiquement son invitation, s’arrêtant devant son futur hôte pour lui dire « je suis très heureux de vous recevoir à Paris » et lui serrer la main. Et de reprendre samedi au cours d’une conférence de presse : « Si nous n’accueillons pas des pays qui prennent le chemin de la respectabilité, que devons nous dire à ceux qui prennent le chemin inverse ? »

Contrats juteux en perspective, nucléaire contre l’accès du secteur de l’énergie libyen aux entreprises françaises, Paris va ainsi dérouler le tapis rouge devant le chef d’État libyen. À l’hôtel Marigny où il résidera, il aura droit à une tente bédouine chauffée pour recevoir ses invités. Nicolas Sarkozy le recevra à trois reprises, pour deux entretiens lundi et mercredi et un dîner lundi soir. Mardi, le dirigeant libyen sera reçu à l’hôtel de Lassay par le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, et rencontrera les chefs d’entreprise du MEDEF et des personnalités du monde de la culture, des représentants de la communauté africaine en France et des personnalités féminines !

Lors de son séjour parisien, « un certain nombre de contrats dans un certain nombre de domaines comme l’énergie, comme le nucléaire mais aussi l’agriculture et la santé » seront conclus, a indiqué le porte-parole de l’Élysée, David Martinon. « Il n’y a pas de tabous sur l’armement de la Libye, il n’y a pas d’embargo sur la vente d’armes », a-t-il précisé. La Libye aurait pris option pour l’achat de 10 à 15 chasseurs bombardiers Rafale. D’ores et déjà, Dassault, Thales et la SNECMA sont engagés dans une remise en état de 12 Mirage F1. cloués au sol faute de pièces de rechange. Seïf El-Islam fait état de contrats pour « plus de 3 milliards d’euros d’Airbus », d’« un réacteur nucléaire » et d’armements. Après le Maroc et l’Algérie, Nicolas Sarkozy s’apprête à conclure le troisième accord nucléaire au Maghreb. Selon ses proches, le Maghreb est un marché prometteur pour la vente de la technologie nucléaire à des fins civiles, d’autant que les États-Unis sont également en lice.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Monde
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