L’agriculture cherche un second souffle
La population chinoise va passer de 1,3 milliard aujourd’hui à 1,45 milliard d’ici à 2020 avant d’atteindre un pic à 1,5 milliard en 2033, indiquait lundi le quotidien Beijing News. Sur le plan alimentaire, cette nouvelle donne démographique interpelle le monde sur les potentialités de la population chinoise à se nourrir correctement. Au moment même où la Banque mondiale après vingt-cinq ans de silence redécouvre l’agriculture dans le développement économique et social d’un pays. C’est en effet à l’agriculture et à son rôle dans le processus de sortie de la pauvreté qu’est consacré le rapport 2008 de l’institution internationale.
« L’évolution rapide de l’économie chinoise soulève la question importante du devenir agricole chinois. La Chine va-t-elle abandonner son agriculture au profit de son industrie et par conséquent continuer à augmenter ses importations alimentaires et en particulier de céréales, ou va-t-elle tenter de préserver son secteur agricole, afin de satisfaire son désir d’autosuffisance », interroge l’économiste Thierry Pouch qui vient de diriger un numéro spécial de la revue Chambres d’agriculture (1) consacré aux « défis et mutations de l’agriculture chinoise ».
L’industrialisation a entraîné une réduction des terres arables dont la superficie par tête d’habitant est déjà l’une des plus modestes du monde. Pour Thierry Pouch le contexte chinois soulève deux questions : « La première tient au rôle que la Chine réserve à son agriculture. La seconde renvoie à l’éventualité qu’elle pourrait être à l’origine d’un big bang sur les céréales ? ». « Rien n’est tranché et les réponses sont contradictoires. L’agriculture reste un enjeu stratégique pour un pays devenu un acteur majeur sur les marchés agricoles mondiaux », nous dit-il. « La Chine, pays premier producteur de blé, n’en est pas moins déficitaire, d’autant plus que le maïs tend à le supplanter pour nourrir le bétail. De même dans ses échanges extérieurs en agroalimentaire, d’un excédent de 3 à 4 milliards de dollars en 2000, la Chine a passé le seuil déficitaire. En 2005, il était de 5,5 milliards de dollars. Un déficit qui porte sur les produits bruts. Car, modère Thierry Pouch, elle reste excédentaire en produits transformés. »
Si pour certains chercheurs l’hypothèse d’une importation massive de céréales qui déséquilibrerait le marché mondial est retenue, d’autres restent partagés, comme Claude Aubert, directeur de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Il met ainsi en avant le potentiel de production de la Chine qui limiterait l’explosion des importations céréalières.
« Les autorités chinoises veulent préserver le potentiel agricole, conserver l’autosuffisance et en même temps respecter l’équilibre villes-campagnes », relève Thierry Pouch, notant au passage que le fournisseur en agroalimentaire le plus important pour la Chine est les États-Unis. Le gouvernement chinois essaie de redynamiser le secteur agricole. Depuis quelques années, le financement des activités agricoles a augmenté s’accompagnant de la réduction des taxes et d’une politique bancaire plutôt favorable. Des mesures qui permettraient d’augmenter les biens de production des paysans qui seraient de moins en moins tentés par un exil urbain. « Mais, pour améliorer ses capacités productives, la Chine pourrait alors chercher à regrouper les exploitations, à mécaniser à outrance, à avoir recours à plus d’engrais. Comment ne pas aggraver les dommages sur l’environnement ? » À la recherche d’un second souffle pour son agriculture, la Chine aura à relever le défi de pouvoir multiplier par deux sa production (selon le chercheur agronome Michel Griffon) pour assurer son autosuffisance alimentaire en 2050.
(1) Revue Chambres d’agriculture, octobre 2007, numéro 966, 10,50 euros.
Dominique Bari
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