idées
La guerre d’Espagne, des mémoires à la politique
La Guerre d’Espagne, l’histoire, les lendemains,
la mémoire,
sous la direction de Roger Bourderon. Éditions Tallandier, 2007, 484 pages, 29 euros.
Cet ouvrage publie les actes du colloque organisé fin 2006 à Paris pour le 70e anniversaire du déclenchement de
la guerre d’Espagne en 1936 (1).
Cet événement fondamental dans l’histoire des relations internationales
de la décennie 1930 a ouvert la route à
la Seconde Guerre mondiale. Il est donc logique qu’il suscite aujourd’hui
de nouvelles interrogations.
Durant des décennies, le conflit espagnol a été considéré par les historiens principalement sous l’angle d’un terrain d’affrontement entre deux idéologies. Cette approche était justifiée mais
elle a parfois entraîné des légendes concurrentes et des partis pris, d’un côté comme de l’autre. Il était donc nécessaire de revisiter l’histoire de ce conflit et c’est ce que fait ce livre à partir de quatre grandes questions. Une première partie, chronologique, traite la période durant laquelle se déroule la guerre d’Espagne, de ses prémices aux débuts de la Seconde Guerre mondiale. Quelle place a occupé le conflit espagnol dans les relations internationales de la fin des années 1930 ? S’agit-il d’une guerre civile, d’une révolution ou de la répétition générale d’un conflit mondial que tout le monde sent venir ? Quel rôle y ont joué les Brigades internationales et comment les Français ont-ils exprimé leur solidarité pour l’Espagne ? Une seconde partie traite des parcours et de l’engagement des antifranquistes durant le second conflit mondial. Elle apporte des éléments très riches sur les combattants antifranquistes entre 1939 et 1945, d’abord dans les camps de la République puis durant la Résistance et parfois en déportation. Un troisième ensemble s’interroge sur les anciens d’Espagne durant la guerre froide de façon tout aussi novatrice : citons par exemple les contributions consacrées aux itinéraires des anciens brigadistes yougoslaves d’Espagne dans la Yougoslavie de Tito, à l’exil espagnol en RDA ou à l’histoire mouvementée du PCE en France de 1945 à 1975. Enfin, ce livre est aussi un ouvrage d’actualité comme le montre sa dernière partie qui s’interroge sur ce que signifie la guerre d’Espagne aujourd’hui : quelle est la mémoire - ou plutôt quelles sont les différentes mémoires - de la guerre civile espagnole et quels en sont les enjeux dans la péninsule ? Comment la guerre d’Espagne conditionne-t-elle la politique espagnole ? De quelles façons se sont transmises les mémoires, par ailleurs bien distinctes, des antifranquistes et des Brigades internationales ? Ces questions concernent aussi la France, comme le montre une contribution consacrée à la façon dont la guerre d’Espagne a été, est enseignée en France.
À l’heure où, à en croire certains, le combat antifasciste se serait limité à une « manipulation » communiste, l’ouvrage montre à travers une démarche très novatrice qu’il n’en est rien. Il fait également la preuve, s’il en était encore besoin, que soixante-dix ans après son déclenchement, la guerre d’Espagne - événement décisif qui marqua toute une génération d’antifascistes - reste d’une très grande actualité. Pour toutes ces raisons, on ne peut que recommander la lecture de ce remarquable ouvrage. Le gouvernement Zapatero vient de faire voter une loi faisant du mausolée du général Franco un endroit « neutre » où toute manifestation politique sera interdite, ce qui montre combien les enjeux de la guerre restent présents en péninsule.
(1) Par les Amis des combattants en Espagne républicaine (ACER), la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC),
le Mémorial du maréchal Leclerc et
de la Libération de Paris-musée
Jean-Moulin, le musée de l’Ordre de la Libération et le musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne.
Michel Dreyfus, historien
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