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Politique - Article paru le 29 novembre 2007

 

« Pas de dilution, il faut un Parti communiste transformé »

Nicolas Marchand, du comité exécutif national, estime que tout processus de dissolution du PCF doit être écarté.

Quelle appréciation portez-vous sur le mouvement social et quelle perspective offre le Parti communiste ?

Nicolas Marchand. C’est très important le début d’un grand mouvement, peu de temps après la victoire de Sarkozy. Il peut mettre en cause des points importants de son projet. Cette situation est un défi pour le PCF et la gauche. La manifestation à l’initiative du Parti communiste, le 27 octobre, a été une étape utile. Mais il faut des suites. Il y a besoin de l’action du PCF pour porter dans les luttes des propositions alternatives et travailler vers une issue politique. Le PS n’affronte pas sur le fond la politique menée par le pouvoir.

Mais le PCF peut bien mieux faire. Pour les retraites, nous avons un arsenal de propositions et d’arguments sur le financement, la base emploi, un autre travail. Pourquoi ne pas avoir édité un document permettant aux communistes d’intervenir dans les manifestations et les entreprises ? Des initiatives étaient possibles. Mais la division de la direction du Parti sur l’initiative communiste nous paralyse. Les étudiants communistes me paraissent plus à l’aise dans le mouvement étudiant.

Vous militez au sein du PCF pour sa « novation », « à l’opposé de tout processus de dilution ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Nicolas Marchand. Des dirigeants du Parti avancent l’idée que le « cycle » du Congrès de Tours est dépassé et qu’il faut s’orienter vers la construction d’une nouvelle force politique agglomérant différentes composantes à gauche du PS : il s’agit d’un autre parti, avec la dissolution du PCF, et la dilution d’éléments communistes avec des socialistes de gauche et des trotskistes, très différents de notre culture communiste et marxiste. L’alternative, ce sont des changements très profonds, des novations d’idées, de pratiques et de structures ; une révolution culturelle, n’impliquant pas la création d’un autre parti, mais vers un PCF transformé.

Mais quelle transformation, dans quel sens ?

Nicolas Marchand. Quelques idées, pas une réponse achevée, car c’est un chantier de tous les communistes, pour un avenir du combat et du Parti communistes. Ce chantier concerne d’abord nos idées et propositions. Celles qui sont des acquis mais sur lesquelles la direction n’impulse pas le passage aux luttes, comme le système de sécurité d’emploi et de formation. Mais aussi des idées sur lesquelles il faut travailler comme une transformation des services publics ou les enjeux européens et mondiaux. La novation, c’est aussi la capacité d’articuler les idées et l’action, avec des campagnes durables plutôt que rester à du ponctuel, et une réorganisation profonde du Parti pour l’action, vers les salariés et les entreprises notamment. Il y a le dossier crucial de la formation, de la culture communiste et marxiste des militants, quasiment abandonnée. Il y a l’urgence d’une démocratisation radicale, de démocratie participative et d’intervention dans la vie du Parti. Il s’agit aussi du rassemblement, de nos bases sociales et de l’articulation de la novation du PCF avec une rénovation de la gauche. Plutôt que confondre rassemblement et fusion, prenons des initiatives pour un nouveau front politique.

Le PCF est vu comme une force du passé. Est-ce que ces « chantiers de la novation » permettront de montrer que le Parti communiste est une force d’avenir ?

Nicolas Marchand. Sortons déjà du défaitisme. On est resté paralysés par l’échec soviétique. On n’a pas été capables d’en mener l’analyse de fond, ni de promouvoir l’idée d’un communisme pour le XXIe siècle. Il n’y a pas eu d’échec du communisme : il n’y a pas eu de société communiste. Mais il y a eu un échec imputé au communisme, qui nous marque. C’est l’expérimentation d’une pratique politique des communistes rattachée à un communisme de liberté pour chacun, qui, avec des propositions - radicales, montrera notre apport d’avenir, si nécessaire, alors qu’avec la crise de la civilisation capitaliste et libérale, il y a, comme jamais, le défi de son dépassement, d’une nouvelle civilisation.

Depuis des décennies, le PCF s’est beaucoup réformé et ça n’a pas suffi. En quoi la novation que vous proposez pourrait marcher ?

Nicolas Marchand. On a commencé mais on a plus abandonné les repères dépassés que travaillé sur de nouveaux repères communistes. Et la « mutation » s’est vite transformée en processus d’abandon au lieu de promotion des idées communistes nouvelles. Depuis, on a plutôt eu des formes de régression que des progrès. La novation vise donc vraiment du neuf.

L’assemblée générale des communistes les 7 et 8 décembre doit définir un mandat pour la préparation du congrès de 2008. Quel devrait être selon vous ce mandat ?

Nicolas Marchand. Il y a, avec des variantes, deux options : construire une nouvelle force politique ou travailler, sans dissolution du PCF, sur sa transformation profonde. Le congrès de 2008 sera souverain pour trancher ce débat ; l’assemblée ne doit donc pas donner mandat, explicitement ou en restant vague, pour engager avant ce congrès un processus de dissolution, comme le souhaitent des dirigeants. Le mandat doit clairement écarter cela et proposer de travailler à améliorer notre apport aux luttes rassembleuses, tout en poursuivant la réflexion sur l’avenir.

Entretien réalisé par Olivier Mayer

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Tag(s) : #Assemblée générale extraordinaire PCF
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