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International - Article paru le 3 décembre 2007 dans l'Humanité

Editorial par Patrick Apel-Muller

Pourquoi Sarkozy flatte le colonialisme

Le président de la République entame son voyage en Algérie dans une ambiance glaciale. Le racisme qui suintait de son discours de Dakar, son refus de condamner le passé colonial, la chasse aux immigrés qu’il réclame de son ministre Hortefeux, son alignement sur la vision américaine du choc des civilisations ont créé un climat de défiance et même d’hostilité. Un triste ministre algérien a pu s’y engouffrer pour une sortie antisémite, une déclaration insupportable… qui permet d’ailleurs à Nicolas Sarkozy d’échapper à sa mise en cause.

La reconnaissance des crimes des colonisateurs français est un impératif pour que les deux peuples puissent se tourner ensemble vers l’avenir. Ce qui s’impose, ce n’est pas une « repentance » d’un peuple français qui n’a pas collectivement mis la main au crime, mais la reconnaissance d’une histoire sanglante, étape indispensable à la « réconciliation des mémoires » des deux rives de la Méditerranée. Il y faut une autre hauteur de vue que celle de Nicolas Sarkozy qui continue à juger l’histoire dérangeante, « qui est là et continue parfois à s’interposer entre nous ». Certains hommes d’État s’en sont montrés capables, François Mitterrand tenant la main d’un chancelier allemand, Willy Brandt à genoux devant les crimes de la déportation et la Shoah, Jacques Chirac reconnaissant la responsabilité de l’État français dans l’extermination des juifs français. Dans un entretien à l’agence algérienne APS, le président se borne à renvoyer dos à dos « des blessures des deux côtés qui ne sont pas refermées » et propose une sorte de compromis pour « rapprocher notre lecture de l’histoire ».

Si, depuis des mois, l’Élysée laisse réhabiliter les criminels de l’OAS, ces terroristes qui massacrèrent des milliers d’Algériens et s’attaquèrent aux partisans français de l’indépendance algérienne, ce n’est pas seulement pour flatter la vieille fibre colonialiste de la droite française ni pour finir d’apprivoiser l’extrême droite. Ce n’est pas une réaction d’orgueil ni de susceptibilité. Admettre la brutalité du pillage des pays colonisés, l’humiliation des peuples opprimés, les séquelles qui demeurent de la destruction des sociétés de ces pays, cela impliquerait des rapports de réparation, une coopération nouvelle non pas du plus fort au plus faible mais entre égaux, où l’intérêt mutuel des peuples l’emporterait sur l’appétit vorace des multinationales.

Or, ce sont les contrats juteux pour les grandes firmes françaises - et cela d’abord - qui motivent Nicolas Sarkozy. Cinq milliards d’euros sont espérés lors de cette visite. La hausse des prix du gaz et du pétrole n’a pas vraiment amélioré les conditions de vie des Algériens, mais elle en a fait un pays solvable. Pour empêcher qu’il se tourne vers les groupes américains, le président de la République propose un partenariat pour dix ans et agite la perspective d’une « union méditerranéenne ». Jusqu’alors, rien n’autorise à espérer qu’il propose à l’Algérie autre chose que « travailler plus pour faire gagner plus » à des firmes comme Total qui convoite les hydrocarbures et va y investir 1,5 milliard de dollars.

L’enjeu n’est donc pas une petite querelle de mots ou une archaïque dispute en responsabilité. Il en va de notre avenir commun, des possibilités de construire une humanité plus solidaire.

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Tag(s) : #Monde
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