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Politique - Article paru le 23 novembre 2007

 

« Il est faux d’affirmer que les inégalités se stabilisent.

Entretien avec Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Que sait-on aujourd’hui des inégalités en France ?

Louis Maurin. Il est assez difficile d’y voir clair, d’un point de vue global, sur l’évolution et l’état des inégalités. Les données sont connues avec retard et elles sont souvent incomplètes. Il a fallu, par exemple, attendre la semaine dernière pour que nous soient communiqués les éléments concernant les revenus financiers. Plusieurs raisons expliquent cela. Tout d’abord, la France ne s’intéresse pas autant qu’on le croit à ces questions et l’argent reste un sujet tabou. Notons que l’opacité qui régnait semble avoir servi autant ceux qui voulaient exagérer l’évolution des inégalités que ceux qui voulaient la minimiser. Ensuite parce que c’est un choix politique ; une volonté manifeste de la direction générale des impôts de ne pas transmettre certaines données concernant les plus hauts revenus. On peut tout de même constater que, sur les dernières années, tous les revenus augmentent, et dans des proportions quasi identiques. Bien entendu, ça n’a pas le même effet pour celui qui gagne 10 % de plus avec 1 000 euros mensuellement et celui qui en perçoit 10 000. On ne fait pas ses courses avec des pourcentages, 100 ou 1 000 euros de plus par mois ne sont pas équivalents. D’ailleurs, entre 1996 et 2005, l’écart entre les 10% les plus pauvres et les 5% les plus riches s’est accru de 4 700 euros par an et ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus financiers. S’il n’y a pas une explosion des inégalités, il est néanmoins faux de dire, comme le fait la presse aujourd’hui, qu’elles sont stables ou cessent de progresser. En réalité d’un point de vue nominal, elles augmentent. De plus, il est impossible de mesurer les revenus de la tranche des 1 % les plus riches en France, nous ne disposons pas de données claires à ce sujet. Au-delà des revenus, la hausse des prix est un marqueur important de la pauvreté, et la question des coûts du loyer est essentielle. Lorsqu’ils augmentent, on fait comme si cela était inéluctable ; pourtant, lorsqu’on paie plus, il y a bien un bailleur qui encaisse davantage.

La pauvreté ne s’est-elle pas installée également dans le monde du travail ?

Louis Maurin. On estime à 1,3 million le nombre de travailleurs pauvres. Malheureusement, là encore, les chiffres datent de 2004. Ils tendraient à confirmer que cette situation est induite le plus souvent par les contrats à temps partiel et les contrats courts. Il y a par ailleurs 7,1 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Pour autant, nous ne sommes pas un pays où il n’existe pas de protection sociale, heureusement. Par exemple, le taux de familles monoparentales pauvres, avant redistribution des aides, est de 46 %, presque une sur deux ! Ce chiffre chute à 27% après redistribution. Cela signifie que les familles monoparentales sont très fragiles mais aussi que le système est performant. Par ailleurs, le débat sur « l’assistanat » m’exaspère au plus haut point. Si l’on y regarde dans le détail, qui osera traiter une famille monoparentale, un handicapé ou une personne âgée d’assisté ? La cible des prétendus assistés se réduit considérablement. Notons que le coût de l’ensemble du dispositif du RMI dans ce pays représente moins de la moitié du paquet fiscal voté cet été. L’immense majorité de cette population ne refuse pas de travailler ; la preuve, ils travaillent même pour un salaire en dessous du seuil de pauvreté lorsque l’opportunité se présente.

Frédéric Durand

Un dossier réalisé par Louis Maurin, Pouvoir d’achat : la panne, paraîtra dans Alternatives économiques nº 264, décembre 2007.

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Tag(s) : #Société
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