Sarkozy joue les marionnettistes
Troublant hasard de calendrier. Lundi, Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, a remporté aux emmy awards (l’équivalent des sept d’or américains) le prix du « meilleur directeur ». Hier, au Figaro, son ancien bras droit, Étienne Mougeotte, recasé depuis peu au Figaro Magazine, se sera vu nommé à la tête des rédactions. Il remplace Nicolas Beytout, après que ce dernier a accepté de prendre la tête de DI Group, la branche médias de LVMH, le groupe de Bernard Arnault, qui vient de s’emparer des Échos et de revendre la Tribune. Et ce, avec l’aval de Nicolas Sarkozy qui, vendredi, recevant des journalistes des Échos, s’est fait un plaisir de leur annoncer que Beytout allait être leur patron. C’est ce qu’a dénoncé avant-hier la rédaction, estimant que « cette intrusion confirme les menaces qui pèsent sur (notre) indépendance éditoriale avec le rachat des Échos par LVMH ». Hier, en CE, les élus ont par ailleurs appris que « Beytout était également nommé président des Échos, soupire un élu. On attend de le rencontrer. Et de savoir jusqu’où vont ses attributions. » François Hollande a, lui, dénoncé « une collusion totale entre le pouvoir, les entreprises et les groupes d’information. Que Nicolas Sarkozy soit maintenant celui qui annonce à des journalistes qui sera leur prochain directeur en dit long sur sa conception même de l’information et du pouvoir. » Et que le chef de l’État ait critiqué la démarche des salariés des Échos pour défendre leur indépendance a été qualifié de « provocation » par le Forum des sociétés de journalistes. En parallèle, au Figaro, s’est déroulée la passation de pouvoir entre Beytout et Mougeotte. Au cours de laquelle, comme en CE, ce dernier s’est dit « garant de l’indépendance des rédactions tant vis-à-vis de l’actionnaire que du pouvoir politique. » Si la société des rédacteurs attend d’en discuter avec lui aujourd’hui, le SNJ, lui, réclame une rencontre avec Mougeotte et l’actionnaire afin d’établir un « code de bonne conduite. » Un journaliste ajoutant : « Car, Beytout avait au moins une qualité, celle de jouer les remparts avec Dassault. » Et un autre, goguenard : « Reste que, vis-à-vis du pouvoir, vu notre positionnement, ce n’est pas la principale préoccupation… » La feuille de route de Mougeotte a été détaillée par le directeur du groupe, Francis Morel : poursuivre « le travail de mutation de l’offre édito- riale » avec l’ambition de « devenir la première marque d’information générale française multimédia ». Ce rapproche- ment avec des gens de TF1 tout comme les ambitions média- tiques de LVMH donnent à réfléchir. Comme le prix que va payer Alain Weill, le PDG de Next RadioTV, à LVMH pour racheter la Tribune : un prix on ne peut plus symbolique puisqu’étant de 1 euro ! Que l’information ait « fuité » alors que Weill doit rencontrer demain les élus du CE à qui il devait réserver la primeur de ces informations (comme par exemple, le déménagement du journal ou l’engagement de LVMH d’acheter pour un million d’euros de pub par an) est aussi on ne peut plus symbolique. De fait, alors qu’Arnault s’est engagé en sus à recapitaliser la Tribune (qui perd 15 millions d’euros par an en moyenne) avant de le vendre, tout ceci prouve que lorsque l’homme le plus riche de France veut s’emparer du numéro 1 de la presse économique et qu’il lui faut pour cela se débarrasser du numéro 2, il est prêt à tous les sacrifices pour que ça aille vite. Et que le témoin de mariage de Sarkozy ait des appuis en haut lieu ne gâte rien.
Sébastien Homer
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