Enseignants. « Un besoin de reconnaissance »
Le mouvement de 2003 lui a laissé un goût amer. À l’époque, Claire, 29 ans, enseignante dans
une école de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) avait accumulé un mois de grève. Pour rien. « Ça a cassé les gens. » Depuis, elle se tâte à chaque appel à mobilisation. Pas cette fois-ci. À en croire les chiffres de la FSU, elle n’est pas seule : le primaire pointe à 65 % de grévistes, le secondaire à 58 %. Le ministère a eu beau démentir, les taux de grévistes crèvent les plafonds.
Au milieu de la foule, entourée de collègues, Claire explique les postes supprimés et les salaires bloqués. Avec 1 600 euros par mois et un logement dans la capitale, elle tire la langue. Sa collègue Annie confirme : « À la fin du mois, on est souvent à découvert. » Même chose pour Marie-Dominique, enseignante dans le 13e arrondissement. « Sur Paris, le salaire d’un prof suffit juste à couvrir les frais de base. Nous ne voulons pas d’heures sup’ pour vivre, mais faire notre métier normalement. » Faire son métier… Baptiste, prof de physique dans un lycée technique et « titulaire sur zone de remplacement », en a aussi gros sur la patate. Marre d’être taxé de
fégnant, de « privilégié ». « Je regrette que la gauche ait abandonné son soutien aux profs. Sarkozy, lui, n’a pas abandonné le sien aux flics », dit-il. « On paie aujourd’hui une défaite idéologique. Les enseignants ont besoin de reconnaissance, qu’on nous dise qu’on est important pour la société. » Les syndicats, eux, ont promis un « nouveau temps fort » de mobilisation.
Vincent Defait
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)