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Médias - Article paru le 20 novembre 2007 dans l'Humanité

 

Sarkozy place ses hommes

Presse . Le chef de l’état l’a décidé : Nicolas Beytout va aux Échos et Étienne Mougeotte au Figaro.

Alors que la Tribune a ouvert hier ses colonnes aux patrons du CAC 40 (lire notre édition d’hier), Nicolas Sarkozy, lui, continue, imperturbable, de placer ses hommes. Fort de son expérience de conseiller quand Elkabbach ne sait pas qui nommer au service politique d’Europe 1, vendredi, le locataire de l’Élysée aura profité d’un rendez-vous avec des journalistes des Échos, dont le directeur de la rédaction Erik Izraelewicz, pour leur annoncer que Nicolas Beytout, jusque-là directeur des rédactions du Figaro, allait être leur nouveau chef !

Ce que les salariés des Échos craignaient depuis que Bernard Arnault, le patron du groupe LVMH (et accessoirement témoin de mariage de Sarkozy), lorgne sur ce journal se sera réalisé peu de temps après que ce dernier s’en soit emparé : la confusion des genres et des rôles règne en maître sur la presse en France puisqu’elle voit le président de la République désigner qui chapeautera telle ou telle rédaction. Un signe fort à l’heure où les journalistes réclament une loi pour garantir l’indépendance des rédactions.

Car c’est à un véritable jeu des chaises musicales auquel on assiste. Beytout prenant la tête de DI Group, le pôle médias de LVMH actuellement en pleine mutation (vente de la Tribune et acquisition des Échos), avec pour mission de le renforcer, il devrait être remplacé au Figaro par Étienne Mougeotte, ancien vice-président de TF1 depuis peu à la tête du Figaro Magazine. « Autant dire que si l’on avait failli sortir les bouteilles de champagne quand Beytout avait été annoncé à TF1, là, on va les laisser dans les placards, nous explique un journaliste. Parce qu’on est en pleine expectative. Que Beytout s’en aille, tant mieux. Reste qu’il faisait encore plus ou moins rempart avec Serge Dassault. Là, le mur risque d’être moins solide. Surtout qu’on ne sait pas qu’elle va être le degré d’investissement d’un Mougeotte. Quand Beytout était directeur des rédactions du Figaro, il était en fait omniprésent dans le journal. Là, Mougeotte pourrait se contenter de superviser. Mais, en ce cas, on risque de ne pas en avoir fini avec les guerres de succession en interne pour savoir qui sera calife à la place du calife. »

Alors qu’une AG de la société des rédacteurs devait se tenir hier en fin d’après-midi au Figaro après que Beytout ait annoncé en comité de rédaction son départ, c’est aujourd’hui, lors d’un conseil d’administration, que Mougeotte devrait être nommé. Il devrait être flanqué de Jean-Michel Salvator (jusque-là directeur délégué) et remplacé par Alexis Brézet au Figaro Magazine. Publication qui, samedi, aura encore fait preuve de son sens de la mesure puisque titrant avec un Sarkozy remontant sa cravate : « Face aux grèves, pourquoi il a eu raison de tenir ». Comme si elles étaient déjà terminées !

Aux Échos, où se sont déroulées hier plusieurs AG, on fait la grimace. Mais on n’est guère surpris : « Ça fait longtemps qu’on évoquait ce scénario. Mais là, de voir que c’est avec l’aval de Sarkozy qu’il se concrétise, c’est tout sauf rassurant, assure un syndicaliste. Parce que Beytout, on l’a déjà pratiqué. » Et de se souvenir du « soulagement » de la rédaction quand en 2004, il était parti pour le Figaro. On appelle ça un retour à l’envoyeur. Dans l’attente d’un renvoi d’ascenseur ?

Sébastien Homer

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Tag(s) : #Médias
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