sur les traces de l’esclavage
« Travailler sur la mémoire participe à la construction du vivre ensemble »
Danielle Maréchal, vice-présidente
du conseil général du Val-de-Marne, chargée des questions de mémoires, explique
le sens de la participation de la collectivité
au colloque sur la traite négrière
qui se déroule au Sénégal.
Conduite par Danielle Maréchal, une délégation du conseil général du Val-de-Marne s’est rendue au Sénégal, où elle est hébergée à l’île de Gorée. Composée de trente membres, dont une dizaine de jeunes et des élus de divers bords politiques, elle fait suite à un début de réflexion entamée par la collectivité le 10 mai 2007, journée officielle de l’abo-
lition de l’esclavage. Car
travailler sur la mémoire construit mieux le présent et l’avenir. Entretien.
Pourquoi une délégation à l’île de Gorée ?
Danielle Maréchal. Nous avons répondu favorablement à l’Association des descendants d’esclaves et leurs amis (ADEN), qui organise un colloque scientifique sur la traite négrière. Déjà, en mai dernier, nous avons souhaité commémorer l’esclavage en organisant une rencontre. L’événement a pris de l’importance aujourd’hui dans notre société. La traite négrière a été reconnue par la France comme crime contre l’humanité. C’est essentiel mais pas suffisant. Faire un travail de mémoire participe à la construction du vivre ensemble, d’une société de justice, de dignité, de respect des peuples et de paix, des valeurs qui animent l’action du conseil général. Nous souhaitons ainsi engager une réflexion durable et profonde sur les mécanismes de cette atrocité humaine, mais aussi dépasser aujourd’hui les intolérances, la haine et le rejet de l’autre et voir les enjeux d’aujourd’hui sur les liens Nord-Sud.
Quel lien peut exister entre votre action actuelle sur l’esclavage et la Seconde Guerre mondiale, sur laquelle vous vous êtes beaucoup investi en tant que vice-présidente ?
Danielle Maréchal. L’un et l’autre relève du devoir de comprendre historiquement ce qui s’est passé, quelles ont été les causes des événements qui ont façonné notre société, quelles sont les valeurs communes qui ont traversé les luttes des peuples. Le combat contre l’oppression et pour la liberté en fait partie. Dans cet esprit, nous entamerons bientôt une réflexion sur la guerre d’Algérie.
Une dizaine de jeunes des quartiers populaires du Val-de-Marne figurent dans la délégation, pourquoi ce choix ?
Danielle Maréchal. Notre département est cosmopolite. C’est une richesse mais, en même temps, vivre en harmonie ne va pas de soi. D’autant qu’une partie de la jeunesse, ici, est sacrifiée, quelle que soit sa couleur de peau. S’ajoute à ses problèmes sociaux et économiques une quête identitaire. Nous estimons donc nécessaire d’axer notre travail de mémoire envers les jeunes, car mieux comprendre son histoire et l’histoire de l’autre, mieux connaître ses origines, cela permet de se reconstruire et de construire une société solidaire.
Qu’attendez-vous de ce voyage ?
Danielle Maréchal. C’est la première fois que je visite l’île de Gorée. J’avoue mon émotion de me retrouver dans cet endroit chargé d’histoire. Notre délégation a vraiment envie d’échanger avec les Sénégalais, nous n’y allons pas pour apporter la bonne parole, surtout pas. On va se nourrir des réflexions et des problématiques des uns et des autres. Ce voyage est d’autant plus important pour nous qu’il a lieu au moment même où le gouvernement français développe une politique en opposition complète avec les valeurs de partage et de solidarité. Nous ne dissocions pas ce voyage de notre action en faveur des sans-papiers, par exemple. Je rappelle que le conseil général a été particulièrement solidaire des 1 000 de Cachan, l’an dernier, en lui apportant une aide politique et matérielle. Toute notre démarche repose sur le respect des êtres humains, des peuples et sur la dignité.
Entretien réalisé par Mina Kaci
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