l’Humanité des débats. Écologie
Un Munich de l’écologie
Par Paul Ariès, coorganisateur du contre-Grenelle de l’environnement et directeur du journal Sarkophage (*).
L’idée qu’une « union sacrée » soit possible autour du sarkozysme sous le prétexte de la défense de l’environnement est une défaite de l’écologie et de la gauche que les pauvres paieront très cher. Comme si l’écologie n’était pas toujours une affaire de choix de société avec nécessairement des perdants et des gagnants : la grande question étant de savoir qui paiera la crise écologique.
La gauche et la droite partagent le même bilan effroyable au regard de l’environnement puisque les deux productivismes ont, par-delà leur différence, pillé la nature et contribué au réchauffement. Ces deux systèmes se trouvent dans une impasse, mais la droite et les milieux d’affaires voudraient imposer à l’échelle planétaire leur gestion de la crise environnementale au profit d’une minorité. L’idéologie même du développement durable est à cet égard en train de connaître une mutation. Le développement durable à la Nicolas Hulot qui repose sur une logique des bons sentiments (faute de vouloir mettre en cause les logiques dominantes et les acteurs économiques qui les servent) est certes un marché de dupes puisqu’il aboutit à « polluer un peu moins pour pouvoir polluer plus longtemps », mais cette mascarade verte restait trop critique à l’égard des puissances en place. C’est pourquoi Laurence Parisot et Claude Allègre proposent de passer d’une écologie dénonciatrice et culpabilisatrice à une écologie réparatrice, c’est-à-dire de marier le capitalisme et l’écologie. Ce « capitalisme vert » est celui qui a triomphé durant le contre-Grenelle : sa devise est de « polluer pour pouvoir dépolluer » avec la certitude de créer ainsi de nouveaux marchés fort juteux…
Certes, il est indispensable de développer les économies d’énergie et les énergies renouvelables. Mais, tant que nous ne remettrons pas en cause les logiques dominantes, tout gain écologique obtenu dans un domaine (par exemple celui du logement) sera immédiatement gaspillé dans un autre : tous les progrès depuis trente ans en matière de motorisation ont été totalement mangés par le fait que les voitures sont toujours plus puissantes ou équipées de nouveaux gadgets énergivores…
Sarkozy et le MEDEF peuvent être satisfaits du Grenelle car les vraies questions ont été écartées. Avec le refus d’interdire les agrocarburants alors que le choix de « nourrir » en priorité nos voitures va conduire des milliards d’humains au bord de la famine. Avec le bonus/malus et le transfert de la fiscalité qui pèse sur l’entreprise vers le carbone (essence), ce qui aboutira à vider les routes des voitures des plus pauvres pour que les riches puissent rouler plus vite. Cela donne l’illusion que la crise écologique tiendrait avant tout aux vieilles voitures polluantes des plus pauvres et non à la surconsommation des plus riches et à un modèle de vie écologiquement insoutenable. On sait en effet que 20 % des humains s’approprient 86 % des ressources sans qu’il y ait l’espoir d’un rattrapage puisque, si six milliards d’humains vivaient comme nous, une seule planète Terre ne suffirait pas.
La crise écologique rend plus que jamais d’actualité la question du partage, puisque 5 % seulement de la richesse des 250 plus riches permettrait de couvrir les besoins vitaux de tous les humains.
Comment concilier les contraintes environnementales avec notre souci de justice sociale ? En couplant par exemple un revenu universel d’existence (RUE) permettant de vivre dignement (sans avoir besoin d’être un forçat du travail et de la consommation) avec un revenu maximal autorisé (RMA). Quand Sarkozy dit : au-dessus de 50 %, l’État ne prend rien (le fameux bouclier fiscal), nous devons dire : au-dessus d’un certain montant (à définir démocratiquement) nous prendrons tout !
(*) Auteur de la Décroissance, un nouveau projet politique, Éditions Golias, 2007.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)