l’Humanité des débats.
Agir au plus près des victimes
Par Patrick Villedieu, responsable des programmes internationaux d’Enfants du monde-droits de l’homme.
L’initiative de l’Arche de Zoé met en question le fonctionnement même des ONG. Beaucoup de personnes s’interrogent et nous interrogent directement sur le bien-fondé de nos actions et questionnent les limites de nos interventions.
En premier lieu, il est important de rappeler qu’Enfants du monde-droits de l’homme, comme la majorité des ONG, agit avec comme unique but « l’intérêt supérieur des personnes les plus vulnérables ». Quelles que soient nos actions sur le terrain, nous cherchons d’abord à apporter une aide et un soutien in situ. Prenons le cas de ces enfants, en dehors de toute polémique sur leur origine, c’est avant tout l’intérêt de l’enfant qui doit être pris en considération. Nous travaillons actuellement au nord du Darfour où nous accompagnons 10 000 enfants par an depuis 2004. EMDH les accompagne dans leur cadre de vie, au sein de leur communauté, au plus proche de leur famille. Comment les soutenir et les aider à vivre leur vie d’enfant si nous les déracinions, pour un temps ou définitivement ? Il est primordial de considérer leur histoire personnelle, au sein de leur environnement, pour pouvoir intervenir au plus prêt et au plus juste. Pour cela, il est impératif de travailler avec les familles, les communautés locales et les acteurs nationaux et internationaux. C’est de cette manière que les ONG peuvent apporter une aide réellement efficace.
Pour autant, si nous considérons le bien-être de l’enfant nous ne pouvons nous affranchir des règles internationales et des cadres légaux. Ce mois de novembre est le mois anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. Ces droits sont malheureusement trop souvent méconnus et bafoués. À cette convention s’ajoute un corpus juridique international et de droit souverain des pays dans lesquels nous intervenons. Nous ne pouvons nous en affranchir si nous voulons par ailleurs promouvoir ces mêmes règles. Il nous faut alors, en tant qu’acteurs humanitaires, intervenir en démontrant que les droits de l’enfant ne sont pas seulement des mots mais bien des devoirs que les États doivent considérer et appliquer pour le bien de l’enfance. Travailler avec les sociétés civiles est un acte fort, nous les impliquons, nous leur montrons qu’elles ont un rôle à jouer dans leur propre destinée. Les intégrer permet de former des personnes à même de continuer nos actions lorsque nous partons. Il ne faut jamais oublier que les acteurs humanitaires ne sont que de passage, que ce sont les acteurs nationaux qui sont les mieux placés pour comprendre et améliorer la situation de l’enfance sur le long terme.
En considérant ces points, il est enfin important de bien comprendre que nous, ONG et acteurs humanitaires, sommes en capacité d’intervenir dans un cadre juridique établi parce que nous avons l’analyse, l’expérience et des règles professionnelles et éthiques. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas, parfois, de mauvais choix ou que des erreurs ne sont pas commises. Mais nous avons des outils et l’expérience de modalités d’interventions qui réduisent ces risques. La liberté d’action des ONG est primordiale et non négociable. Mais elle implique la responsabilité. Elle implique que chacun réponde de ces actes. Dans le cas présent, il faut qu’une enquête soit menée et que les responsabilités soient jugées selon les standards internationaux. Il incombe d’ailleurs à la France de s’assurer du respect de ces standards et de garantir la présomption d’innocence et le droit de la défense. Alors, en montrant qu’il y a une différence entre « agir » sur un coup de coeur et « réagir » dans un cadre légal permettant une véritable amélioration pour le plus grand nombre et pour le long terme, il sera démontré que le cadre d’intervention des ONG est défini et connu. C’est à ce prix que l’on signifiera que le droit d’ingérence n’équivaut pas au droit de faire n’importe quoi.
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