l’Humanité des débats
Il s’agit bien d’argent sale et de pratiques sales
par Gérard Filoche, inspecteur du travail, rédacteur en chef de Démocratie et socialisme (*)
Le plus grand scandale de ce début de siècle éclate parmi les proches soutiens de Sarkozy, au coeur du patronat : une « caisse noire » de six cent millions d’euros dont Denis Gautier-Sauvagnac (dit « DGS »), délégué général de l’UIMM (Union des industries et métiers métallurgiques) a reconnu qu’elle lui servait à distribuer en secret environ deux millions d’euros en liquide par an. Il paraît, selon ses prédécesseurs, que cela fait 123 ans que cette « caisse noire » existe. Il paraît que cela aurait pu atteindre dans le passé un milliard d’euros.
D’où vient cet argent ? D’une double cotisation des entreprises de la métallurgie. Pourquoi une double cotisation de ce type, de cette importance ? Sur quelle ligne comptable des sociétés concernées figure-t-elle ? Retirée de quels autres versements non effectués (salaires, cotisations sociales, impôts, etc.) ? On ne sait pas. À qui ces cotisations clandestines sont-elles versées ? À l’EPIM, une caisse dite d’entraide. Où sont déclarés, enregistrés ces transferts de millions d’euros en liquide ? Nulle part.
À qui va cet argent liquide ? DGS refuse de « donner des noms ». Il défie les enquêteurs. Cela fait trois semaines que « l’enquête préliminaire » reste préliminaire…
L’UIMM a invoqué vaguement le droit syndical et la loi Waldeck-Rousseau de 1884 pour justifier cette « pratique ». Il est curieux d’entendre l’UIMM tellement acharnée à moderniser le droit du travail, se réclamer d’une si vieille loi. Et totalement inappropriée, car la loi de 1884 sur le droit syndical reconnaissait les syndicats mais elle les excluait de l’entreprise, et n’ouvrait donc aucune possibilité qu’une entreprise cotise légalement.
DGS a laissé filtrer que cet argent pouvait aller à des « oeuvres sociales, à des retraités et malades de la métallurgie », puis qu’il servait à « fluidifier les relations sociales », puis qu’il servait à « prévenir des conflits sociaux », etc.
Où sont les bienheureux retraités et malades de la métallurgie qui reçoivent deux millions d’euros par an en liquide ? La « fluidification des relations sociales » ? Quel beau pseudonyme pour la corruption. Mais DGS payait quoi ? Des « jaunes », des syndicats pourris, des accords secrets sous la table de négociation ?
Tous les syndicats unanimes démentent évidemment cette corruption.
Si cet argent est donné à titre « préventif » à certains patrons pour les aider à tenir « bon » au cours d’un conflit, c’est donc une « caisse briseuse de grèves » dont il s’agit. Alors que la grève est un droit constitutionnel.
Si cet argent va aux employeurs pour « réparer les effets d’un conflit », il s’agit rien de moins que de truquer la fameuse « concurrence libre et non faussée » en compensant pour tel ou tel employeur le coût de la grève à laquelle il a résisté.
DGS exige à grands cris que les jours de grève ne soient pas payés aux salariés, mais il les paie, en liquide et en secret aux patrons ?
Si c’est argent est donné en complément de salaire, de la main à la main, en liquide, à des « collaborateurs » de DGS, c’est encore plus difficile à justifier de la part d’un patron responsable de l’Unedic, non ?
Au passage, il est même apparu que DGS, selon les enquêteurs, s’est fait un prêt à lui-même au nom de son organisation. DGS a démissionné de la présidence de l’UIMM, mais il en reste le « délégué général », poste rémunéré 240 000 euros par an.
Laurence Parisot, la patronne du MEDEF dont l’UIMM est le pilier, joue les ingénues. Mme Parisot affirme pourtant que « beaucoup le savaient inconsciemment ». Ce concept de « savoir inconscient collectif » est fascinant, non ? Il s’agit bien d’argent sale et de pratiques sales.
Ils sont extraordinaires ces patrons, barons, maîtres de forges, et autres ; ils veulent absolument sortir du système social, selon eux archaïque, qui existe depuis 1945, mais ils fonctionnent avec un système de caisse noire datant de 1901 ! On nous indique qu’une information judiciaire pourrait être ouverte. Mais ça traîne. La justice de Mme Dati est moins lente et plus expéditive quand il s’agit de petits jeunes de banlieue.
La présomption d’innocence doit être respectée mais il est manifeste que ces gens de l’UIMM et du MEDEF se concertent chaque jour et tentent d’effacer les preuves et de mieux mentir ensemble à la justice. Laurence Parisot (qui en sait beaucoup, inconsciemment) déclare : « Attendez-vous à des hauts et des bas, il y a aura encore des journées pas très sereines. Il y aura d’autres rebondissements dans la presse et avec les enquêteurs. » Car cela fait longtemps qu’ils récidivent à l’UIMM et au MEDEF : 123 ans !
Le pire c’est que Sarkozy s’est engagé à demander au Parlement d’alléger les lois pour le droit
des affaires de tous ces grands patrons ! Au moment des initiés d’EADS, des millions en liquide
de l’UIMM MEDEF, est-ce bien la priorité ?
(*) www.democratie-socialisme.org
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