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Un Grenelle pour des prunes ?

Environnement . Aujourd’hui et demain, les acteurs du processus discutent une dernière fois de leurs propositions. Nicolas Sarkozy doit annoncer, jeudi, « 15 à 20 mesures concrètes ».

Pour des prunes ou pour de bon ? Après des mois de cogitation, après des pluies d’e-mails, après des portes claquées, très vite rouvertes par un ministre Borloo recyclé en conciliateur, le Grenelle de l’environnement vit, aujourd’hui et demain, ses heures de vérité. L’ensemble des acteurs - État, entreprises, associations et syndicats - doit se retrouver autour de la table une dernière fois. Au menu, quatre thèmes - changement climatique, santé, biodiversité et démocratie écologique.

« 15 à 20 propositions concrètes »

Et trois petites heures pour chacun des chapitres. À peine le temps de revisiter le millier de propositions émises pendant les quatre mois de préparation. Nicolas Sarkozy doit néanmoins y piocher « quinze à vingt propositions concrètes » qu’il annoncera en grande pompe jeudi après-midi. Car le processus, désormais, est entre les mains du président de la République. Ce qui ne manque pas de générer des crispations.

Durant ces deux jours, « on sait quand ça commence et quand ça se termine, c’est tout », raille le porte-parole de l’Alliance pour la planète, Yannick Jadot. C’est que le gouvernement a pour le moins été très discret sur ses intentions, depuis le début. « Pendant des mois, des gens ont travaillé très sérieusement et ce travail va être censuré ou approuvé par le président sans ce que l’on sache sur quels critères », déplore Marcel Grignard, secrétaire national en charge du développement durable à la CFDT. « Le Grenelle a commencé dans des conditions ubuesques et il est presque miraculeux de constater la qualité des propositions », s’étonne le syndicaliste, « désappointé par la méthode ». Il n’est pas le seul.

Avancer à tâtons, telle semble avoir été la méthode gouvernementale, depuis que le président de la République a décidé de ce Grenelle. Sans craindre, au passage, de reprendre une référence à Mai 68, par lui honni. Quarante ans plus tard, le Grenelle de l’environnement se conjugue à toute vitesse. Installés en juillet dernier, les six groupes thématiques, auxquels se sont ajoutés deux groupes transversaux sur les OGM et les déchets, ont eu l’été pour plancher. Avec pour mission de produire des propositions.

La crainte d’une opération de com

Trois mois plus tard, en septembre, à l’heure des premières conclusions, Jean-Louis Borloo, relogé au début de l’été au ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables (MEDAD), n’avait pas eu peur des grands mots. L’objectif est de lancer « une révolution écologique », avait-il dit. La semaine dernière, sa secrétaire à l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, lui emboîtait le pas, évoquant « la modification quasiment d’un projet de civilisation ». Tout est dans le « quasiment ». Car cet enthousiasme, las, n’est pas partagé par tous.

« On ne peut pas exclure une volonté de communiquer, uniquement, convient Bernard Saincy, responsable du collectif développement durable de la CGT. Mais, si c’est le cas, il ne faudra plus compter sur nous. » Coordinateur pour l’Association des régions de France, le président de Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne (PS) abonde dans le même sens : « Nous n’avons aucune garantie sur la future loi d’orientation et quand on sait que l’UMP rechigne même à abaisser la limite de vitesse sur les routes, on ne peut que craindre une opération médiatique », insiste Jean-Jack Queyranne.

L’écologie pas

« Sarko-compatible »

« Tout dépend de la réponse législative » aux défis environnementaux, prévient le député communiste André Chassaigne. « Une simple loi d’orientation fourre-tout risque de s’en tenir à de l’affichage. Nous avons besoin d’une loi de programmation qui fixe un échéancier et des crédits. » Le tout accompagné d’une forte « maîtrise publique », dixit l’élu auvergnat. Prudent, le porte-parole de France nature environnement (FNE), Arnaud Gossement, prévient : « le Grenelle peut être un point de rupture ou un point d’étape. »

Sans illusion, l’organisateur du « contre-Grenelle », Paul Ariès s’amuse : « Si le Grenelle de l’environnement est sarko-compatible, le sarkozisme, lui, n’est pas écolo-compatible. » Plus sérieux, il ajoute : « Le danger est que la captation de l’écologie par la droite et le milieu des affaires contribue à désarmer la gauche sur ces questions. » Cette captation, Nicolas Sarkozy ne devrait pas s’en priver. Alors, un Grenelle pour des prunes… mais pas pour tout le monde ?

Vincent Defait

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Tag(s) : #Environnement
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