Dans les deux assemblées, l’UMP devrait voter la loi Hortefeux
Les députés et sénateurs réunis aujourd’hui pour entériner les derniers ajustements du gouvernement et des parlementaires sur le projet de loi Hortefeux auront-ils entendu les dizaines de milliers de manifestants, samedi, dans plus d’une quarantaine de villes françaises, qui ont tenu à exprimer leur rejet du texte ? À cause de quelques irréductibles dans les rangs de l’UMP, le texte qui valide l’usage des tests ADN pour le regroupement familial, bien que pratiquement sans effet, fait entrer dans la législation la notion génétique de la famille.
conception ethnique de l’identité
Dans la même veine eugénique s’inscrit l’article qui valide les « statistiques de la diversité ». L’affaire a fait moins de bruit, d’autant que l’attaque contre « la République une et indivisible » a commencé plus tôt et s’appuie sur l’immense violence que vivent, en France, tous les discriminés pour leur ethnie, leur couleur ou leur religion.
Il n’en reste pas moins qu’une conception ethnique, voire religieuse de l’identité sape les fondements même du « vivre ensemble » et de la cohésion sociale.
Outre ces deux ruptures avec les enseignements de 1789, auxquelles s’ajoute un droit d’asile réduit à une peau de chagrin, le projet de loi se fait fort de transformer le regroupement familial des étrangers légaux, qui était déjà un parcours du combattant, en une guerre de tranchées, dont les victimes seront les enfants et les femmes. Nicolas Sarkozy a expliqué, diplomatie oblige, avant de partir au Maroc, que le Maghreb n’était pas concerné par les tests ADN, que la France avait besoin « de professionnels », « dans le bâtiment, l’hôtellerie ou l’informatique », et il a précisé sans rire que « notre horizon est de faire passer l’immigration professionnelle de 7 % à 50 % des personnes qui s’installent durablement en France ». Mais comment ces 50 % vont-ils pouvoir s’installer « durablement », s’ils doivent rester célibataires et avoir des titres de séjour dépendant, pratiquement, de la durée de leur contrat de travail ?
il reste la mobilisation
Pourquoi, si tel est le souci présidentiel, ne régulariser que pour un an les étrangers sans titre actuellement sur notre territoire, qui travaillent et peuvent obtenir une promesse d’embauche légale, qui connaissent la législation française et parlent notre langue ?
Pourquoi, si notre pays a besoin de professionnels, ne pas laisser terminer leurs études à ces enfants de parents en situation régulière qui ont entamé des formations performantes, mais qui ont oublié de se protéger contre le bulldozer de la démagogie ? Contre la loi Hortefeux, ce soir, il restera le recours au Conseil constitutionnel et la mobilisation, acharnée, de ceux qui ont d’autres valeurs.
Émilie Rive
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)