L’étalement urbain est une aberration écologique
Présidente sortante du conseil régional de l’ordre des architectes d’Île-de-France, Cristina Conrad prône l’avènement d’une ville dense, contre l’étalement urbain actuel, qui représente, selon elle, une « aberration écologique et urbaine ».
Comment réagissez-vous aux propositions du Grenelle de l’environnement concernant la maîtrise énergétique du secteur de la construction ?
Cristina Conrad. Il y a aujourd’hui un consensus sur les économies d’énergie, mais c’est insuffisant. C’est un élément d’une problématique plus vaste qui nécessiterait une véritable révolution culturelle dans la façon de fabriquer et de penser la ville et l’extension urbaine. On se focalise sur les économies d’énergie car elles sont faciles à mettre en oeuvre. Mais leur effet peut être très vite annulé si l’on ne prend pas en compte les autres questions, comme la densité qui permet des économies importantes. Par exemple, il faut savoir qu’une maison individuelle consomme deux fois plus qu’un immeuble collectif.
Le Grenelle s’intéresse finalement peu aux règles d’urbanisme pour mettre en oeuvre le développement durable. Qu’en pensez-vous ?
Cristina Conrad. Le fait qu’il n’y ait eu qu’un seul architecte au sein des commissions du Grenelle a été une erreur de casting. Les associations environnementales et le secteur du bâtiment ont prôné en choeur l’isolation des immeubles. Le problème, c’est que, sur le plan opérationnel, c’est très difficile à mettre en oeuvre. D’une part, il y a pléthore de copropriétés qui n’auront pas d’argent pour faire les travaux. Et puis, on ne va pas défigurer de vieux édifices en leur collant une nouvelle peau sous prétexte qu’une isolation extérieure est efficace. C’est sur les immeubles neufs qu’il faut mettre le paquet.
L’étalement urbain qui grignote chaque année des dizaines de milliers d’hectares n’est pas vraiment traité par le Grenelle…
Cristina Conrad. C’est vrai et c’est extrêmement décevant. Au départ, l’étalement urbain faisait l’unanimité contre lui parmi les partenaires du Grenelle. Petit à petit, le thème a disparu, suite à un gros lobbying des constructeurs de maisons individuelles, et maintenant il semble être passé à la trappe. C’est d’autant plus dommageable que la catastrophe écologique est là. Pourquoi se produit cet étalement urbain ? Parce que les 34 000 communes de moins de 2 000 habitants ont des demandes de logements mais ne disposent pas des outils et des moyens pour faire une véritable maîtrise d’ouvrage. Résultat : ces communes sont dans les mains des lotisseurs. Pour éviter cela, il faudrait une maîtrise d’ouvrage collective au niveau des agglomérations ou des regroupements de communes, et en finir avec les permis de construire délivrés par les maires. Architecturalement, la solution existe : l’individuel dense ou des greffes sur l’existant. Mais une chose est sûre, il faut en finir avec l’étalement, qui détruit les terres agricoles, le paysage, l’agriculture et la biodiversité. Ce Grenelle semble être passé à côté d’une bonne occasion de changer les choses.
Cyrille Poy
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