spécial Guy Môquet
Paroles de résistants
Ce n’est pas au pouvoir politique…
Robert Créange, secrétaire national de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes.
Je fais partie de ceux qui ont accueilli Sarkozy à la cascade du bois de Boulogne. Il n’a même pas prononcé le mot communiste, ce que j’ai dénoncé dès le lendemain (l’Humanité du 17 juin). Quant à ce qui va se passer demain (aujourd’hui) dans les lycées, je comprends la position des enseignants : ce n’est pas au pouvoir politique de leur dicter ce qu’ils doivent apprendre aux gamins. Personne ne souhaite que Guy Môquet devienne une icône. Mais nous allons saisir l’occasion d’aller dans les lycées, replacer les choses dans le contexte de l’histoire et de ses valeurs.
J’étais son camarade…
Georges Abbachi, résistant, membre de l’Amicale de Châteaubriant.
J’étais le camarade de Guy Môquet, depuis 1936. Je l’ai connu parce que ses parents et les miens militaient ensemble. Tous les deux, on est entrés dans un des premiers Bataillons de la jeunesse, le groupe du 17e arrondissement de Paris. Le pacte germano-soviétique ne nous a jamais empêchés de nous battre : nous, les jeunes, ressentions plus fort que les autres l’humiliation de l’Occupation. Dès juillet 1940, il fallait expliquer les événements à la population. On éditait des tracts, des papillons à coller : « Liberté », « À la porte l’occupant »… C’est ce premier travail de propagande qui a déclenché la répression : le 5 octobre 1940, 350 camarades ont été arrêtés. Les fiches des militants des organisations de jeunesse ont été fournies par les renseignements français aux Allemands.
Ces militants ont été transférés dans les premiers camps de prisonniers, comme Aincourt.
De Châteaubriant à l’évasion…
Jacqueline Fourré (née Vannier), membre de l’Amicale de Châteaubriant, internée au camp fin 1941.
J’ai été arrêtée en avril 1941, à dix-sept ans, à Orléans. J’étais la seule fille au milieu des gars. Eux ont été déportés en Allemagne. Sur 7 ou 8, deux seulement sont revenus. Moi, j’ai été condamnée à un an d’emprisonnement, je devais être libérée au bout de neuf mois, mais jété transférée à Châteaubriant : j’étais communiste et je n’ai pas voulu que ma mère signe la fidélité à Pétain. Je me suis retrouvée avec les droits communs. Je suis arrivée trop tard pour avoir vécu les événements, mais c’est tout comme… Après être passée par Châteaubriant, Gaillon, Aincourt, Lalande, j’ai pu m’évader, grâce à un camarade cheminot, en juin 1943. Là, j’ai repris le combat, comme agent de liaison du Front national de la Résistance, puis comme agent de liaison de Gillot (ancien maire de Saint-Denis) pour envoyer du matériel vers Londres. Quand la guerre s’est terminée, je me suis mariée avec Rino, celui de la lettre de Guy…
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