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Politique - Article paru le 22 octobre 2007 dans l'Humanité

spécial Guy Môquet

La mémoire et l’émotion

Cérémonie . 5 000 personnes se sont rassemblées, hier, à Châteaubriant pour rendre hommage aux femmes résistantes et aux 27 fusillés du 22 octobre 1941, parmi lesquels Guy Môquet.

Châteaubriant (Loire-Atlantique), envoyé spécial.

Lorsqu’arrive à la carrière le défilé de plus de 3 000 personnes parties à pied du château de Châteaubriant où avaient été déposés, le 22 octobre 1941, les corps sanglants des 27 fusillés désignés comme otages, plus de 1 500 personnes y sont déjà massées. Le silence se fait dans une émotion palpable. Il est souligné par le battement des tambours. Pour ceux qui ont connu les précédentes cérémonies à la mémoire des martyrs, jamais autant de monde ne s’était rassemblé, ici, depuis la cinquantième commémoration de l’exécution, par une compagnie de SS, des otages choisis par le ministre de l’Intérieur de Pétain, Pierre Pucheu, et livrés aux balles nazies. Vingt-sept, dont les noms seront lus, là encore dans le silence de la carrière, presque tous communistes, élus, syndicalistes. Lus également les noms des fusillés de Nantes et ceux de La Blisière, fusillés en décembre dans un bois pour éviter que leur mémoire soit honorée. En vain…

femmes courage

Cette année, le thème dominant de la cérémonie était celui des femmes dans la Résistance, sous le titre « Femmes courage ». Une évocation de ce que fut le travail, resté souvent ignoré, de celles dont certains des portraits étaient portés par des enfants en avant du défilé. D’autres portant le mot paix dans toutes les langues. Au cours du spectacle qui suivait la cérémonie proprement dite et sur ce même thème, l’un des personnages évoquait ce que furent parfois leurs méthodes d’action : « Peut-être est-il plus angoissant de transporter des armes ou de participer à un sabotage que de taper un tract, mais cet acte conduisait, tout comme les autres, à la fusillade ou à l’internement. » Mais les actions des femmes furent aussi plus larges, liées directement à la difficulté de ce temps. « Paris a faim, Paris a froid », avait écrit Paul Eluard. Paris, la France… Elles ont protesté contre le coût de la vie, manifesté parfois devant les boulangeries… Elles ont aussi tiré sur l’occupant, organisé des évasions, animé des réseaux…

La cérémonie elle-même avait été poignante, avec une Marseillaise d’abord entonnée par les enfants et dont tous les couplets furent chantés, donnant un sens nouveau aux paroles : « Nous entrerons dans la carrière / quand nos aînés n’y seront plus… » Suivaient le Chant des partisans et le bouleversant Chant des marais de Ravensbrück. Plusieurs gerbes étaient déposées par les associations d’anciens combattants, résistants, déportés, par la CGT, le sous-préfet du département, le préfet n’ayant pas fait le déplacement comme il l’avait fait lors de la venue en ce même lieu de Nicolas Sarkozy en septembre. Gerbes également pour le PCF et sa secrétaire nationale Marie-George Buffet.

Odette Nilès, présidente de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé, prenait ensuite la parole. Elle soulignait que l’amicale avait été sensible au choix du président de rendre hommage à Guy Môquet, mais au-delà de l’émotion, disait-elle, « il y a les faits historiques et les valeurs défendues par ce jeune communiste ». Elle donnait ensuite la parole à la secrétaire nationale du PCF.

Marie-George Buffet évoquait d’emblée le thème de la cérémonie avec la figure de Léoncie Kérivel, femme de marin-pêcheur (l’un des 27 fusillés), elle-même internée sans que l’on en sache seulement la raison. C’est elle, rappelait-elle, qui avait demandé à prendre la place de Guy Môquet. « Prenez-moi à la place de ce gosse… » Les nazis, poursuivait Marie-George Buffet, avaient trop de mépris pour les femmes, « ils ne les jugeaient pas assez dignes pour être fusillées. Ils les décapitaient. Ils ne les considéraient pas assez pour les imaginer résistantes. Alors Léoncie est restée là, dans ce camp, à laisser les 27 partir sans elle. Oui, il y a ceux dont on parle et les autres dont on ne parle pas… ».

Marie-George Buffet attachait ensuite son propos à l’actualité : « Aujourd’hui il y a besoin de résistance encore. Bien sûr, ce n’est pas la même chose : résistance face à une politique qui casse les droits sociaux, résistance face à une politique qui chasse les enfants parce que leurs papas et leurs mamans sont venus d’autres pays, résistance par rapport à une politique qui veut encore renforcer les pouvoirs d’un seul homme à la tête de l’État… »

hommage à la résistance

Elle saluait ensuite la mémoire de Guy Môquet, résistant communiste, « un enfant du Front populaire qui se battait pour le progrès social », fusillé à dix-sept ans et dont la lettre, rappelons-le, sera lue lundi dans tous les lycées français sur décision du président de la République Nicolas Sarkozy.

« Je comprends que des enseignants se posent la question de lire ou non cette lettre », relevait Marie-George Buffet, qui la lira elle-même aujourd’hui dans un lycée. Elle précisa qu’il fallait « la mettre dans son contexte ». Et si de nombreux partis de gauche ont critiqué la « récupération » de ce symbole par Nicolas Sarkozy, « les problèmes de récupération, quelque part, je m’en moque… », a-t-elle affirmé.

« Que la République rende hommage à la Résistance, quoi de plus normal, quoi de plus évident », a-t-elle noté. Pour elle, cette lecture sera « un hommage à la Résistance » mais aussi une forme de « contestation de la politique qui est actuellement menée dans notre pays (…). Le combat de Guy Môquet, ce n’est pas simplement un combat contre la barbarie nazie, c’est aussi un combat pour l’émancipation humaine (…). C’est un message actuel qu’il faut porter, pas simplement la commémoration du passé ».

Grégory Marin

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Tag(s) : #Politique
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