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Société - Article paru le 16 octobre 2007 dans l'Humanité

Editorial par Maurice Ulrich

L’immigré

C’est dégueulasse. Au point qu’il y eut même des sénateurs de droite pour s’en émouvoir.

Mais les voilà calmés, dirait-on, avec quelques accommodements et il y a gros à parier que les membres de droite de la commission parlementaire qui se réunit aujourd’hui vont voter comme un seul homme l’amendement de la honte au prétexte qu’il aura été amendé. Quelle pantalonnade !

On s’insurge, on proteste puis on s’arrange. Au total on se range.

En voilà tout de même beaucoup de bruit, nous dit le gouvernement, pour ce qui ne serait qu’un « détail », puisque c’est bien le mot qui a été employé par le premier ministre. Mais si c’est un détail, pourquoi y tenir autant ? La France a perdu son match mais le gouvernement continue à botter en touche. L’ADN, c’est utile, c’est même précieux quand le pouvoir d’achat stagne, quand des usines ferment, quand la croissance est en panne, quand on fait des cadeaux fiscaux aux plus riches pour annoncer ensuite la faillite, quand on prépare la rigueur, quand on plonge dans l’affaire EADS et attention aux éclaboussures. L’immigré est toujours là quand il le faut, quand on en a besoin. Le pouvoir se sert de l’immigration contre les immigrés et se sert de l’immigration pour duper la France et entraîner les consciences dans les chemins les plus obscurs.

L’amendement ADN doit être retiré, cette exigence s’est exprimée avec force au cours du week-end, au Zénith, dans les villes où circulent les pétitions, où se rassemblent des citoyens qui refusent de voir bafouer les valeurs républicaines. Mais il y a plus. L’amendement ADN n’est que la part visible d’une politique malsaine et inquiétante. On parle d’abord, en l’accolant à immigration, d’identité nationale. On veut se servir de la génétique pour trier des êtres humains, comme on avait déjà évoqué les causes dites génétiques de la délinquance. On balance le mot « détail » comme si de rien n’était, on demande à la police et à la gendarmerie de remplir des quotas de personnes à expulser et de faire appel pour cela à des personnels motivés, comme le précisait la note que nous avons publiée la semaine passée. Motivés ? Par conviction, par goût, par choix politique ? Oui cette politique joue bien avec les mêmes feux qui devinrent des brasiers.

Ce n’est pas par hasard. La politique de l’immigration choisie, de l’immigration dite de travail, appelle un déni d’humanité. Il faut, pour aller chercher dans la réserve des pays pauvres la main-d’oeuvre dont l’économie libérale a besoin, faire taire l’homme, le parent, le citoyen. C’est bien cela que Nicolas Sarkozy a dit dans son discours de Dakar en juillet dernier, auquel il faut revenir, car il s’agit d’une pierre fondatrice de cette politique : « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire (…). Jamais il ne s’élance vers l’avenir », il est « animé par ce besoin de croire plutôt que de comprendre, de ressentir plutôt que de raisonner ». C’est aussi à l’opinion française qu’il parlait en réavivant

brandons du colonialisme, en absolvant les colonisateurs qui étaient « sincères ».

Les propos tenus ici ou là sur le codéveloppement, dans ces conditions, ne tiennent pas la route.

La politique Sarkozy ne veut pas du développement des pays pauvres, elle veut y puiser selon ses besoins.

Le pillage continue. Mais cette politique n’est pas seulement dirigée contre les plus pauvres. Elle vise aussi les salariés, ici même, en pesant sur les acquis sociaux par le recours à une main-d’oeuvre formatée et privée de véritables droits de l’homme. S’installer, avoir une famille, participer à la vie de la cité, voter. L’amendement ADN doit être immédiatement retiré. Le projet de loi doit être combattu pied à pied. c’’est toute cette politique qui est dégueulasse.

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Tag(s) : #Société
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