Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

A propos de Guy Môquet

 

 

Le 22 octobre 1941, le jeune résistant communiste Guy Môquet était fusillé par les forces allemandes, avec 26 autres de ses camarades emprisonnés à Chateaubriant, après avoir été livrés et désignés comme otages par le ministre de l’intérieur de l’Etat français de Vichy.

 

Notons d’emblée que toutes celles et ceux qui ont au cœur les idéaux de la Résistance n’ont pas attendu la décision de l’actuel Président de la République pour rendre hommage à leurs combats en les resituant dans leur contexte.

Ainsi chaque année depuis des décennies, l’Amicale de Chateaubriant ( que préside Odette Niles qui fut l’amie de cœur de Guy Môquet), le PCF, la CGT, ….organisent des manifestations, à Paris et dans la carrière de la Sablière à Chateaubriant (44). (la presse nationale, hormis L’Humanité, rendait généralement peu compte de l’évènement.).

Elle aura lieu cette année dimanche 21 octobre.

 

La décision de Sarkozy de la journée d’hommage du 22 octobre, avec la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet, soulève à la fois émotion et interrogations. La forme et les modalités proposées posent souvent questions et suscitent légitimement des réticences, voire des refus de collègues.

 

Qu’un hommage national soit enfin rendu à ces combattants de la Résistance n’est que justice.

L’interrogation commence quant la forme ou les modalités proposées comportent le risque d’un détournement de sens ou d'instrumentalisation de leurs combats.

 

Il en serait ainsi par exemple si cet hommage tendait à simplement identifier la Résistance au « sacrifice » et Guy Môquet à une « icône patriotique » d’ « unité nationale » sortie de tout contexte. Car, par exemple, c’est bien l’Etat français qui le condamne en le livrant à l’occupant. C’est à l’honneur du précédent Président de la République d’avoir reconnu cette responsabilité du pays. De même que Guy Môquet n’a pas choisi de donner sa vie à la France. On lui a volé. Lui voulait vivre libre.

 

De même qu’il est singulier de voir un Président de la République vouloir faire une sorte de « détournement symbolique » alors même que sa politique peut apparaître à beaucoup comme la négation de l’esprit et de l’œuvre de la Résistance.

 

Ainsi dans le domaine de l’affaiblissement du système de protection sociale et de santé, alors même que le programme du CNR voulait une solidarité à laquelle tous peuvent accéder en contribuant à hauteur de leurs moyens. D’autres exemple pourrait être pris, notamment par cette chasse aux « sans papiers », y compris scolarisés, ou des tests ADN, ou de l’attaque contre les résidents étrangers en situation régulière en voulant asphyxier les possibilités de regroupement familial.

 

La Résistance porte une conception de l’identité nationale qui est différente à la fois pluraliste, ouverture et mouvement, et qui accueillera d’ailleurs en son sein bien des éléments étrangers, « et nos frères pourtant », comme dit le poème.

 

Le détournement n’est d’ailleurs pas que « symbolique ». Ainsi en témoignent les propos de Denis Kessler, idéologue du Medef, se félicitant de la politique gouvernementale dans le dernier éditorial de Challenge, « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance »

 

Enfin, problème pédagogique, avec le danger d’une instrumentalisation de l’histoire, sorte d’intervention du « politique » dans les contenus de l’enseignement.

Or l’approche de la Résistance suppose débats, confrontations, approches critiques, appropriation,….que de nombreux collègues savent faire d’ailleurs, en témoigne à Nice les coopérations qui se nouent avec le Musée de la Résistance et son festival du film qui donne lieu à de nombreuses initiatives.

 

Dans cette situation, ne nombreux collègues s’interrogent ? Que faire le 22 ? Lire ou ne pas lire la lettre ? Participer mais à quoi et comment ? Je voudrais donner sur cette question mon point de vue.

 

-D’abord respecter le libre choix de chaque collègue, ou de chaque équipe pédagogique.

 

-Ensuite, me semble t il faire en sorte que cette journée donne lieu à des échanges. ( évitez le genre « cérémonie commémorative » dans les établissement et favoriser tout ce qui peut contribuer à éclairer le contexte, les faits, les personnages, les contradictions aussi. ). On peut aussi inviter des intervenants, comme ceux à Nice du Musée de la Résistance. De multiples formes sont possibles

 

C’est d’ailleurs pour répondre à ce besoin d’échanges que le choix du « boycott » ne me paraît pas judicieux.

 

On sait bien ce qui va être le « bruit médiatique » ce jour là. Et les questions et interrogations que les élèves auront, ou « l’envie d’en parler » que cela génèrera. On y répond comment ? En disant « c’est pas bien, c’est sarkozy qui l’a proposé » ou bien « c’est pas le moment dans ma progression pédagogique » !!!, personnellement cela ne me semble pas judicieux.

 

Avec à travers Guy Môquet non seulement des interrogations de « besoins de savoir » mais aussi une occasion d’échanges sur des « valeurs ». Celles qui ont été portées par les combats de la Résistance. Dans un appel de 2005, devenu un texte de référence « Créer c’est résister, résister c’est créer », 13 grandes personnalités de la Résistance dont Lucie Aubrac, Lise London ou Jean Pierre Vernant invitaient d’ailleurs à investir de défi d’avenir. Un texte brûlant d’actualité.

 

C’est aussi pour cela que je pense qu’une attitude de « retrait » ou de « boycott » ce lundi 22 octobre ne serait pas à la hauteur de la question qui nous est posée, quitte à devoir« subvertir » l’opération politicienne sarkoziste.

 

Jean Paul Duparc

Lycée Guillaume Apollinaire Nice

Publicité
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :