Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

International - Article paru le 13 octobre 2007

l’Humanité des débats. FMI

L’institution doit reconstruire

Par Pierre Jacquet, chef économiste de l’Agence française de développement (AFD).

Le défi que s’apprête à relever Dominique Strauss-Kahn est particulièrement stimulant. Comment adapter le FMI, institution héritée de la reconstruction de l’après-guerre, à une mondialisation caractérisée par quatre phénomènes majeurs : l’explosion et la complexification des transactions financières, la montée en puissance des grands pays émergents, la marginalisation d’un grand nombre de pays pauvres, et la prise de conscience de problèmes globaux de l’humanité appelant une véritable action collective internationale ?

Les missions initiales du FMI conservent toute leur pertinence : veiller, dans un contexte multilatéral fondé sur la coopération et les échanges, à la stabilité financière et monétaire internationale et à la résolution des problèmes de paiements. Dans lde ces missions, le FMI n’est pas exempt de critiques. Il a notamment laissé se développer en son sein une culture de la certitude et de la prescription qui ont trop souvent conduit à considérer qu’il existait en toute circonstance une bonne politique macroéconomique fondée sur des règles universelles et avérées. Ce manque de modestie, de profondeur historique, de distance entre la réflexion théorique et l’action, et de considération pour les situations locales économiques et sociales, a largement contribué à entacher une action pourtant indispensable en temps de crise. L’institution doit reconstruire sa légitimité et sa crédibilité.

En fait, la critique du FMI devrait s’adresser d’abord à ses actionnaires : il est une émanation des gouvernements, qui n’ont pas suffisamment su mettre en place des solutions internationales plus adaptées ni faire évoluer la culture de l’institution. Leur position est même fondamentalement ambiguë, puisqu’il peut être parfois très commode de désigner le FMI comme bouc émissaire : pour faire oublier que les crises qu’il ne sait pas bien résoudre ont en général une origine dans les errances des politiques économiques ; ou pour pouvoir externaliser le coût politique des nécessaires réformes internes. Mais la « surveillance » pose problème : elle reste théorique pour les grands pays (comme les États-Unis) ; elle se transforme facilement en prescription pour les petits.

La crise du FMI renvoie à celle d’une gouvernance mondiale déséquilibrée. Au FMI comme ailleurs, il faut faire plus de place aux grands pays émergents et faciliter l’expression et la participation des pays pauvres. Les missions du Fonds doivent aussi évoluer : de gendarme, il devrait devenir instrument de coordination, tant dans la crise que dans la prévention de crises, tant pour les pays riches que pour les pays pauvres. Son assistance technique devrait davantage expliquer et analyser que prescrire, et l’un des principes devrait en être le droit à l’erreur et à l’apprentissage. Pour cela, le Fonds doit devenir plus modeste et presque plus agnostique, l’idée étant de construire un cadre multilatéral de « reconnaissance mutuelle » des politiques économiques et de coresponsabilité en cas de crise.

C’est un défi culturel et politique tout à fait considérable, s’ajoute le défi budgétaire auquel le Fonds fait face aujourd’hui : ses ressources provenaient des rémunérations perçues sur ses prêts, mais, sortant de crises majeures et coûteuses et critiques de son intervention, ses emprunteurs traditionnels ont pris la décision de se passer de lui. Le rapport confié à Andrew Crockett et publié en janvier 2007 formule des propositions très concrètes pour surmonter cette difficulté, notamment la création d’un fonds alimenté par la vente d’une partie du stock d’or du Fonds et l’assouplissement des règles de placement portant sur les quotes-parts de ses membres. Ces difficultés politiques et financières sont finalement propices au nécessaire aggiornamento d’une institution qui reste indispensable à la gouvernance de la mondialisation.

Publicité
Tag(s) : #Relations internationales
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :