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International - Article paru le 13 octobre 2007

l’Humanité des débats. FMI

« La Banque du Sud pour s’émanciper des tutelles du Nord »

Par Julio Gambina, économiste argentin, membre du comité directeur du Conseil latino-américain des sciences sociales.

Comment s’inscrit la Banque du Sud par rapport aux institutions financières in- ternationales en crise ?

Julio Gambina. La banque du Sud peut constituer une rupture avec les politiques traditionnelles du FMI. Pour y parvenir, il lui faudra élaborer une stratégie de contrôle du mouvement des capitaux. Sachant que l’Amérique latine bat des records en matière de transfert de fonds vers l’extérieur. D’énormes richesses socialement générées dans nos pays sont ainsi accaparées par le capital étranger. Pour substituer à la faim, la pauvreté et l’exploitation, une vraie perspective de développement intégré, il faut être capable d’instaurer un contrôle des capitaux et de s’émanciper des tutelles du Nord.

Il a été aussi évoqué en Amérique latine la création d’une monnaie commune. Pour quoi faire ?

Julio Gambina. Nos pays ne peuvent continuer à subordonner leur économie aux fluctuations du dollar ou de l’euro. Ils ont besoin d’une maîtrise souveraine de leurs politiques monétaires. Cette idée de monnaie commune vise une coopération monétaire permettant de cofinancer des grands projets, selon une logique propre aux besoins transversaux des pays du continent sans dépendre du bon vouloir et

des priorités des multinationales

du Nord.

Quelle idée maîtresse a conduit à la création de la Banque du Sud ?

Julio Gambina. La Banque du Sud résulte d’une tentative d’articuler un projet de financement autonome dans la région. Le fait est que les réserves de pays comme l’Argentine, le Brésil et le Venezuela se sont accrues dans la dernière période. La Banque du Sud vise donc à administrer en partie ou totalement les ressources tirées de ces excédents en répondant aux besoins des peuples et non plus des marchés financiers.

Quelles devraient être les différentes missions et les objectifs de cette institution ?

Julio Gambina. Le développement alternatif a besoin d’un financement autonome. C’est au coeur du débat actuel en Amérique latine. L’ALCA (zone de libre-échange pour l’Amérique, voulue par Washington) a été mis en échec par l’action combinée des mouvements populaires du Venezuela et des gouvernements du Mercosur. D’où la montée en puissance d’une réflexion pour une intégration alternative basée sur la coopération. Le projet a commencé à se matérialiser avec l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), composée aujourd’hui de Cuba, du Venezuela, de la Bolivie et du Nicaragua, cette ALBA reposant déjà sur un financement propre et autonome. Il existe aussi des projets d’union énergétique, fondés naturellement sur les réserves importantes dont disposent nos pays, mais aussi dans le domaine industriel ou encore dans celui de la production alimentaire. L’ambition de ces institutions est de porter un projet alternatif ouvrant la voie à l’éradication de la pauvreté et à la lutte contre les inégalités. Le crédit est un multiplicateur de l’activité économique quand on en fait bon usage. D’où l’idée d’une banque pour financer des projets au service du mouvement populaire, favorisant les initiatives créatrices d’emplois, les coopératives de travailleurs, les petits producteurs agricoles et les secteurs sociaux, aujourd’hui laissés-pour-compte du système capitaliste.

Quel rapport entre cette nouvelle institution et le Mercosur ?

Julio Gambina. Le dessein explicite du Mercosur vise la libéralisation des marchés. L’objectif stratégique de la Banque du Sud, dont les acteurs ne sont pas tout à fait les mêmes, est une maîtrise souveraine des finances dans la région. Elle peut être le vecteur d’une autre intégration que celle sous-tendue par une simple libre circulation des marchandises. Il y a donc là des aspects partiellement contradictoires entre les deux institutions. D’autant que les orientations de la Banque du Sud devraient aussi aller à contre-courant des processus de libéralisation, généralement négociés entre le Mercosur et l’Union européenne ou les États-Unis.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe

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Tag(s) : #Relations internationales
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