Le régime birman souffle le chaud et le froid
Frontière thaïlando-birmane, envoyé spécial.
La Birmanie est pourtant toute proche. Mais ici, à Mae Sot, ville de près de 50 000 habitants que 10 kilomètres séparent de la frontière, on ne trouve trace d’aucune affiche indiquant ce qui se passe en Birmanie, pas de manifestations publiques de solidarité, pas le moindre poster de Aung San Suu Kyi. Pas de signe non plus d’afflux massif de réfugiés birmans, dont des moines, comme l’ont affirmé certains médias. Et la frontière, qui a fermé durant quelques jours, est de nouveau ouverte.ici, ils ont du travail En ville, attentifs à ce qui se passe « de l’autre côté », les gens se contentent des informations diffusées par les chaînes thaïlandaises. Aung Pha, militant Karen, explique que si les autorités Thaï ferment les yeux sur la présence des quelques organisations birmanes, elles ne tolèrent aucune activité trop voyante de l’opposition birmane. Qui plus est, ajoute-t-il, peu de militants, en général des étudiants, restent dans cette région. Après un bref séjour, ils préfèrent aller à Bangkok dans l’espoir d’obtenir un visa pour l’étranger, de préférence vers l’Australie ou l’Inde, pays où ils peuvent s’organiser et s’exprimer sans crainte. Lui, évidemment, est l’un des responsables de la clinique Mae Tao Health, créée par le docteur Cynthia Mung, une opposante au régime birman, pour donner des soins aux réfugiés.
Ici à Mae Sot, où se côtoient Chinois, Thaïs, Karen et musulmans thaïs qui ont leur propre quartier, Internet est le moyen le plus sûr et le moins risqué pour s’informer et informer. Dans ce centre commercial, on se contente de sourire poliment aux questions évoquant la situation en Birmanie. « Vous savez, les liens n’ont jamais été rompus avec le pays. Le va-et-vient n’a jamais cessé, le commerce continue. Et on espère que la situation va s’améliorer », se borne à répondre cette jeune vendeuse.
Plus généralement, les dizaines de milliers de Birmans présents - majoritairement des migrants économiques - se font discrets : ici, ils ont du travail et gagnent plus qu’en Birmanie. « Au moins je peux envoyer de l’argent au pays. Donc, pas de politique… », dit ce conducteur de Tuk Tuk - une moto tirant une petite remorque de quatre à six places - qui a la chance de bénéficier d’un permis de travail.
« fausse sortie de crise »
Pourtant, le régime du général Than Shwe ne semble pas relâcher la pression. Bien que, selon la télévision d’État birmane, le dispositif sécuritaire ait été quelque peu allégé, les interpellations se poursuivent. D’après l’organe du pouvoir, un total d’environ 2 100 personnes sont officiellement en détention, dont 135 moines bouddhistes. Des chiffres que conteste la Karen Women Organisation (KWO). Selon l’une de ses responsables à Mae Sot, plus de 6 000 personnes ont été arrêtées, dont des intellectuels tels que Min Htin Ko Ko Gyi, écrivain et réalisateur audiovisuel, ou Ye Lwin, poète et écrivain. De plus, bien que les pagodes de Shwedagon et de Sule, à Rangoun, accueillent de nouveau des fidèles et des visiteurs, elles restent sous haute surveillance policière.
Au plan politique, le pouvoir birman souffle le chaud et le froid. Ainsi, après que le chef de la junte birmane a déclaré qu’un dialogue est possible avec l’opposante Aung San Suu Kyi à la condition qu’elle renonce aux appels à s’opposer au gouvernement, le pouvoir birman a laissé entendre qu’elle ne pourrait être libérée avant l’adoption de la nouvelle Constitution. Selon l’organe officiel du pouvoir, le journal Nouvelle lumière du Myanmar, « les trois exigences des manifestants - baisse des prix à la consommation, libération d’Aung San Suu Kyi et des prisonniers politiques, et réconciliation nationale - ne peuvent pas être satisfaites par des manifestations (…). Désormais, ceux qui en sont chargés font ce qu’il faut pour rédiger la Constitution de l’État et pour dresser la liste des électeurs. Lorsque la Constitution aura été approuvée, la réalisation des trois revendications sera possible ». Une affirmation qui fait sourire Aung Pha : « La junte cherche à gagner du temps pour se mettre à l’abri. Elle ne veut pas d’une alternance politique qui lui demanderait des comptes sur quarante années de dictature. Aung San Suu Kyi va certainement refuser cette fausse sortie de crise. »
Hassane Zerrouky
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