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International - Article paru le 5 octobre 2007 dans l'Humanité

europe

La résistance à la libéralisation postale s’organise en Europe

Courrier . Les Vingt-Sept ont trouvé un accord sur l’ouverture totale à la concurrence, repoussée de 2009 à 2011. Un délai que les opposants comptent utiliser pour mobiliser.

Le commissaire européen au Marché intérieur, Charlie McCreevy, n’a pas caché sa joie suite à l’adoption, cette semaine, à Luxembourg, par les gouvernements des vingt-sept États de l’UE, des modalités de la dernière étape de la libéralisation postale. Celle-ci concerne les plis ordinaires, inférieurs à cinquante grammes, dernier « domaine réservé » des opérateurs nationaux. « Beaucoup pensaient qu’un tel accord serait impossible » sur cette libéralisation « vitale pour le secteur postal qui jouit d’un immense potentiel économique », s’est réjoui le commissaire. Le secteur, qui pèse cent milliards d’euros et concerne près de cinq millions d’emplois en Europe, aiguise en effet l’appétit des lobbies financiers de Bruxelles.

Contre-exemple suédois

En débat depuis un an, le projet, qui vise à achever la libéralisation du secteur postal entamée dans les années quatre-vingt-dix, butait jusqu’alors sur les réticences de plusieurs États. La France, l’Italie et la Pologne, mais aussi la Grèce ou le Luxembourg, étaient opposés à une ouverture du marché au 1er janvier 2009 comme le proposait la commission. Une majorité s’est finalement dégagée à grands renforts de « compromis » destinés à mieux faire passer la pilule dans les différents pays, où le projet rencontre de fortes oppositions. Parmi les aménagements au texte, les Vingt-Sept ont repoussé de deux ans l’échéance de la libéralisation totale, au 1er janvier 2011, les neuf derniers entrants et le Luxembourg et la Grèce, du fait de leur situation géographique ou de leur taille, disposant d’un délai supplémentaire jusqu’à fin 2012 pour organiser leur « service universel ». D’autres engagements, proposés par le Parlement européen, ont été retenus, comme celui de permettre l’envoi et la réception du courrier cinq jours sur sept (contre six en France actuellement) en tous lieux du territoire de l’Union ou encore la possibilité de création de fonds de compensation pour financer ce service.

Ces « compromis » ne rassurent guère les opposants au projet, échaudés par les libéralisations précédentes et leurs conséquences sur le service public. « Depuis quinze ans, le secteur postal européen a subi le plus grand plan social de son histoire avec trois cent mille emplois supprimés », souligne Bernard Dupin, responsable fédéral de la CGT des activités postales, qui lie ces décisions aux directives de 1997 et 2002 de libéralisation du courrier de plus de 50 grammes. « On abandonne un service basé sur la solidarité avec la péréquation tarifaire, simple et efficace, pour un autre opaque et coûteux pour la collectivité et les usagers », dénonce-t-il, citant la notion floue et non contraignante de « prix abordable » retenue par les Vingt-Sept, qui scelle « l’abandon de la péréquation pour les usagers ». Ces craintes ont été confirmées en 2006 par une étude du cabinet privé PricewaterhouseCoopers (PWC), commandée par Bruxelles, sur l’impact de la libéralisation totale. Elle a conclu au besoin pour les opérateurs nationaux d’accélérer leurs restructurations et la fermeture de bureaux pour aligner les coûts salariaux sur leurs concurrents. La Suède, où la libéralisation totale est déjà effective, fait figure de contre-exemple dans ce domaine. Celle-ci s’est traduite par l’apparition d’un « désert postal », avec la disparition des trois quarts des établissements de l’opérateur historique, et la flambée du prix des timbres.

En France, cette évolution est déjà perceptible, le gouvernement et la direction de La Poste ayant « anticipé ce qu’il faut bien appeler la privatisation et l’éclatement de La Poste », rappelle Bernard Dupin, avec des restructurations conduisant à la fermeture programmée de milliers de bureaux, remplacés par des « points-poste » chez les commerçants proposant un service minimal. Les syndicats français craignent aujourd’hui une réduction drastique des emplois, avec 60 000 postes menacés, dont 40 000 dans le courrier.

Les eurodéputés

ont le dernier mot

Les opposants ne désarment pas, et comptent utiliser le délai de deux ans supplémentaire pour mobiliser contre le projet. « Il n’est pas trop tard, le projet doit encore repasser devant le Parlement européen » au printemps prochain, souligne Bernard Dupin. La Confédération européenne des syndicats souhaite le rejet de cette directive, tout comme l’Union network international (UNI), réseau regroupant pour la France la CGT, FO et la CFDT. Sur le plan politique, le PS critique une « décision dogmatique (qui) ne tient pas compte des leçons que l’on peut tirer des différentes libéralisations qui ont déjà été conduites ». Le PCF appelle quant à lui « à une résistance massive en France et en Europe », en dénonçant la « vente à la découpe du service public ». Francis Wurtz, président de Gauche unitaire européenne (GUE) qui se bat au Parlement européen contre ce processus de libéralisation, dénonce une « capitulation des États » avec des « compromis qui ne sont pas crédibles » comme la mise en place de fonds de compensation par les États. « Là où cela a été tenté, cela ne marche pas, les opérateurs pratiquant de toute façon l’écrémage des grandes agglomérations et des zones les plus rentables ». Pour lui aussi, l’urgence est de « mettre à profit » le délai pour alerter la population et « peser sur les choix des eurodéputés, notamment lors des élections européennes de 2009, car ce sont eux qui ont le dernier mot ».

Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Europe
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