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International - Article paru le 5 octobre 2007 dans l'Humanité

europe

La révolte des cheminots allemands

Allemagne . Un mouvement sans précédent des personnels roulants de la Deutsche Bahn devrait affecter tout le réseau ferré à partir de ce matin.

Une grève très dure, très atypique des relations sociales outre-Rhin, devrait paralyser aujourd’hui toute la matinée le réseau ferré allemand. Le mouvement a été voté par plus de 90 % des quelque 34 000 conducteurs de trains et membres du personnel roulant de la Deutsche Bahn (DB), la compagnie publique allemande. Jusqu’au bout la direction a bien multiplié les manoeuvres pour tenter de l’empêcher, menaçant de réquisitionner des retraités ou de « recruter » des conducteurs suisses ou autrichiens pour se substituer aux grévistes. Et elle a même déposé un recours devant les tribunaux in extremis afin de faire interdire la grève, comme elle l’avait déjà fait le 8 août dernier. À l’heure où ces lignes étaient écrites on ne connaissait pas le verdict du tribunal du travail mais il semblait peu probable, selon la presse germanique, qu’il tranche une nouvelle fois en faveur de la direction, tant la remise en cause du droit de grève avait provoqué un immense tollé cet été.

Le contentieux est en effet déjà vieux de plusieurs mois. Il avait donné lieu à de premiers débrayages de grande ampleur en août, interrompus donc par une intervention judiciaire qui avaient conduit, après négociations, à la suspension du mouvement jusqu’au 30 septembre.

Les cheminots, qui font partie des personnels roulants les plus mal payés des différentes compagnies européennes (environ 2 000 euros net en moyenne pour un conducteur de train), réclament jusqu’à 31 % de hausse de rémunérations. Plus d’une décennie de gel des salaires, pratiqué au nom de la mise en conformité des comptes de l’entreprise avec sa prochaine entrée en Bourse, est en effet passée par là.

Les réformes impulsées par Hartmut Mehdorn, le PDG de la DB, avec l’approbation des gouvernements successifs, ont orchestré une compression en règle des dépenses avec des milliers de suppressions d’emplois et des centaines de fermetures de gares ou de sites à la clé.

Le conflit révèle en fait un double malaise, social et syndical, au sein de la société germanique. Car les frustrations nées de la politique dite de modération salariale, qui ont pris une ampleur toute particulière au sein de la DB, sont le lot d’une majorité de salariés allemands qui ont vu, selon toutes les statistiques officielles, leur pouvoir d’achat diminuer au cours de la décennie écoulée. D’où l’étonnante sympathie dont bénéficie le mouvement au sein de la population, selon les sondages.

Comble de malheur pour la direction, les autres catégories de personnels de la compagnie, qui avaient accepté initialement des augmentations « modérées », se sont déclarées hier solidaires avec leurs collègues. Ce qui constitue une nouvelle pierre dans le jardin du modèle syndical germanique. Car la direction avait cru pouvoir diviser les personnels en s’appuyant sur la démarche consensuelle de la confédération des syndicats allemands (DGB) qui avait accepté de s’inscrire dans le processus de privatisation de la DB. D’où son ralliement à la limitation des « coûts salariaux ».

La révolte des cheminots, qui vise explicitement aussi le processus de privatisation de la Deutsche Bahn, pourrait, en fait, lui porter un coup de grâce tant les résistances se font de plus en plus fortes au sein de l’entreprise et dans la société. En particulier dans les Länder où plusieurs élus locaux de toutes couleurs politiques n’hésitent plus à faire part de leur hostilité à son égard.

Bruno Odent

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Tag(s) : #Europe
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