Pyongyang et Séoul se déclarent la paix
Cinquante-trois ans de situation anachronique viennent de prendre fin dans la péninsule coréenne. Le Nord et le Sud ont consacré jeudi leur rapprochement à l’issue d’un sommet, entamé mercredi, à Pyongyang où elles ont scellé un pacte de paix sur fond d’éclaircie dans le dossier nucléaire nord-coréen.
résultats meilleurs que prévu
Depuis 1953, date de la fin de trois ans de conflit, il n’existait qu’un armistice entre Pyongyang et Séoul, qui consacrait la division du pays à la hauteur du 38e parallèle. Le président du sud, Roh Moo-hyun, et son homologue du Nord, Kim Jong-il, ont paraphé une déclaration commune qui « vise à promouvoir la paix et la prospérité dans la péninsule » et ont ainsi plaidé pour la tenue d’un sommet « à trois ou quatre pays » car la signature d’un traité nécessiterait le paraphe des États-Unis et de la Chine, parties prenantes du conflit coréen. La Maison-Blanche, qui ne semble pas contrôler ce rapprochement intercoréen, a immédiatement affirmé que la participation américaine à un traité de paix et la normalisation des relations avec la Corée du Nord dépendait du respect par Pyongyang de ses engagements à la dénucléarisation.
L’issue du sommet a déjoué les prévisions des plus sceptiques. La rencontre a produit « de meilleurs résultats que ceux auxquels beaucoup s’attendaient en particulier dans le champ économique et de la paix », relève Kim Yeon-chul du Centre asiatique de recherche de l’université de Corée, à Séoul, cité par l’AFP. « Mais l’élément le plus important, c’est que la déclaration a abordé la question essentielle de la fin de l’état de guerre dans la péninsule. » Pour Baek Seung-joo, de l’Institut coréen d’analyses de défense, l’entente va plus loin en montrant que le Nord avait « accepté pleinement le Sud comme un partenaire clef pour bâtir un nouvel ordre de paix sur la péninsule coréenne ».
Ce sont bien entendu les avancées obtenues dans le champ des négociations sur le programme nucléaire nord-coréen qui ont dopé les pourparlers de Pyongyang. Selon un accord dévoilé mercredi par la Chine, le Nord semble avoir fait un pas supplémentaire en acceptant de démanteler son principal site nucléaire de Yongbyon avant le 31 décembre sous la supervision des États-Unis et de divulguer la « liste complète » de ses installations nucléaires avant la fin de l’année. Reste encore la concrétisation des engagements. L’éventuelle décision des États-Unis de retirer la Corée du Nord de la liste noire des États soutenant le terrorisme comme le réclame Pyongyang est soumise au principe selon lequel chaque action du gouvernement américain doit être précédée d’une action du régime nord-coréen, a répété un porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe.
accroissement
de la coopération
Sur le chapitre des relations intercoréennes, les deux parties sont convenues de renouveler les sommets bilatéraux. Les ministres de la Défense doivent également prendre langue à Pyongyang le mois prochain pour tenter de solder un lancinant conflit maritime qui les oppose en mer Jaune. Dans le domaine économique, les deux pays ont décidé d’accroître leur coopération et notamment de s’associer pour construire un chantier naval dans la ville portuaire de Nampo, au sud-ouest de Pyongyang. Une liaison ferroviaire destinée au fret sera également ouverte entre les deux pays.
Dominique Bari
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