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Presse formatée et pluralisme de l’information

Mis en ligne : 3 octobre
David, le grand David, avait peint Bonaparte franchissant les Alpes sur un cheval cabré dans la tourmente. En fait il les avait franchies un peu plus trivialement, sur le dos d’une mule ! Saura-t-on jamais quel obscur barbouilleur d’officine aura lifté la silhouette de Sarkozy en jet ski pour lui enlever ses poignées d’amour et aux ordres de qui ?

Ce pourrait être seulement cocasse ou navrant, c’est selon, si ce n’était le reflet d’une situation qui a vu, avec l’omniprésence du président dans les médias, se multiplier d’étranges silences, d’étonnantes omissions, de délicates précautions. De solides liens de proximité pour ne pas dire d’amitié avec tous les grands patrons de la presse française, par ailleurs grands patrons de l’industrie et de la finance, qu’ils s’appellent Lagardère, Bouygues, Bolloré, Arnault, Pinault, Dassault, ne sont pas sans effets.

Mais ce n’est là qu’un aspect, criant mais partiel, de la situation qui amène aujourd’hui tous les syndicats de journalistes à appeler à un grand rassemblement comme à appeler en même temps tous les journalistes et les citoyens « à s’engager avec eux pour gagner la bataille de l’indépendance ».

L’un des paradoxes majeurs de nos sociétés hypermédiatisés, c’est que la presse en général, qu’elle soit écrite ou audiovisuelle, n’a jamais eu aussi mauvaise presse. La profession même de journaliste est souvent discréditée par une opinion qui, parfois, met dans un même panier, quand ce n’est pas un sac poubelle, le paparazi qui traque les people, l’animateur du télé-achat et, allez, l’éditorialiste d’un quotidien national.

Ce n’est pas sans raison. Comme l’ensemble de l’économie, la presse est entrée dans un vaste processus de financiarisation. Dans les grands groupes de médias, information, publicité, course à la rentabilité se conjuguent jusqu’à escamoter telle information gênante, à privilégier telle autre, rassurante ou jouant sur l’émotion brute, à écarter encore telle info, sportive par exemple, parce que l’épreuve est retransmise par une chaîne concurrente. La logique même de certains médias entre en jeu. En radio il faut du son, donc des « petites phrases ».

En télé, il faut des images donc du choc. A tous les niveaux des appareils institutionnels, le couple incestueux que forment la presse et les pouvoirs politiques et économiques se retrouve dans les mêmes lieux, les cocktails, les inaugurations. C’est vrai dans les communes, les conseils généraux, les conseils régionaux, les industries locales, les chambres de commerce. Il ne s’agit pas de complots, bien plutôt de convergences. Les amis du président ne sont pas ses amis par hasard mais parce qu’ils partagent pour l’essentiel une même vision de l’économie libérale, parce qu’il y a dans tout cela des intérêts communs.

L’indépendance des journalistes dans ces conditions nouvelles n’est pas une question corporatiste ou une position de confort. Au temps jadis, pas si lointain, la censure s’exerçait en tant que telle. Elle pouvait aller jusqu’à l’interdiction même de journaix. Aujourd’hui, selon les mots d’un spécialiste des médias, il s’agirait plutôt de « sensure » avec un S car c’est le sens qui est en jeu. C’esdt ce qui nous est donné comme information qui est formaté pour s’inscrire dans les cadres tracés par la pensée dominante, voire unique, notamment en matière d’économie et d’alternatives politiques.

Qu’on se souvienne de la campagne du référendum européen comme de la présidentielle avec deux candidats, jouées d’avance. La bataille pour l’indépendance à laquelle appellent les syndicats de journalistes n’est pas une bataille des journalistes pour eux-mêmes : son enjeu, c’est le pluralisme et la démocratie.


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Tag(s) : #Médias
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