Les « villages pour SDF » font des petits
Ouvert depuis le 27 mars 2007, le village de mobile homes d’Ivry pour les personnes sans abri est, après des débuts difficiles, « une réussite », selon son directeur et concepteur, Jacques Deroo, fondateur de l’association Salauds de pauvres. Géré en partenariat avec Adoma (ex-Sonacotra) et l’association Le Coeur des haltes, ce projet expérimental, baptisé « Village de l’espoir », accueille aujourd’hui 54 personnes. Selon Jacques Deroo, « 70 % des locataires (le loyer est de 60 euros par personne et de 90 euros pour les couples - NDLR) ont aujourd’hui un travail ».
Du provisoire
qui dure
D’ici quelques semaines, une vingtaine d’entre eux quitteront les lieux pour un vrai logement. « Ensuite, nous faisons en sorte de les accompagner, de prévoir leur mobilier pour ne pas qu’ils se retrouvent sans rien dans leur nouvel appartement », explique le responsable, qui cite l’exemple d’un de ses amis qui, ayant obtenu un petit studio, avait recréé « les conditions de la rue » dans son appartement, dormait « par terre, sur un matelas, et a fini par se pendre », ne supportant pas la solitude.
Initialement prévu pour durer un an, le « Village de l’espoir » devrait en réalité être là pour cinq ans, le temps d’amortir le coût de la structure (1,5 million d’euros pour les mobile homes et la viabilisation du terrain). « On savait tous, dès le départ, qu’on ne resterait pas un an, (Catherine) Vautrin (ex-ministre déléguée à la Cohésion sociale - NDLR) la première », explique Jacques Deroo. Au ministère, Danièle Huej, ex-présidente de l’association Le Coeur des haltes, chargée par le ministre du Logement, Christine Boutin, du suivi des personnes à la rue et en centre d’hébergement, parle d’« un village par département à terme ». « C’est un projet expérimental qui a fait ses preuves. Nous travaillons sur la création de quatre ou cinq villages en Île-de-France d’ici à la fin de l’hiver, ce qui représente autour de 160 places. Ensuite, on espère que cela fera des petits, mais nous n’avons pas de chiffres arrêtés pour le moment », explique Mme Huej.
« Une fausse piste »
La pérennisation du dispositif a provoqué, hier, l’ire du maire d’Ivry, Pierre Gosnat, qui regrette d’avoir appris les choses « par la presse », en l’occurrence le Parisien. Le maire d’Ivry a également insisté sur cette décision prise « de façon unilatérale », alors que Catherine Vautrin s’était « engagée formellement » sur une durée d’un an. « C’est une fausse piste qui maintient les gens dans un lieu de marginalisation », et risque « de nous ramener à une époque qu’on croyait révolue, celle des bidonvilles », a estimé le maire d’Ivry. Et d’ajouter : « C’est toujours les villes qui ont beaucoup de logements sociaux que l’on choisit pour installer ces structures. Et les autres, celles qui ne respectent pas la loi SRU ? » Sur ce point, « on ne peut pas lui donner tort », affirme Jacques Deroo.
Cyrille Poy
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