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Cultures - Article paru le 3 octobre 2007

 

L’écran à feu et à sang

Guerre d’Algérie . Florent-Emilio Siri revient à son tour sur un conflit dont les plaies ne sont pas pansées.

L’Ennemi intime,

de Florent-Emilio Siri.

France. 1 h 51.

Algérie, 1959. Un peu comme dans Mon colonel, de Laurent Herbiet, l’an dernier, et plus encore la Trahison, de Philippe Faucon, il y a deux ans, le nouveau film de Florent-Emilio Siri repose sur trois composantes. D’un côté, l’armée française, mélange de bidasses et de gradés, de moutons résignés à l’abattoir et de va-t-en-guerre sabre au clair, d’idéalistes à la conscience torturée, de pragmatiques qui font leur boulot et de trouillards pétrifiés. De l’autre, le peuple algérien avec ses maquisards, ses collaborateurs et ceux qui ont juste eu le tort d’être nés au mauvais endroit et au mauvais moment, que les deux camps convoitent et s’arrachent, ici je te rackette au nom de l’effort de guerre, là je t’oblige à dénoncer au nom de la même cause. Et, au-dessus, jamais illustré ici mais on est obligé d’y penser, ceux qui, depuis les palais parisiens de la République, sont les vrais responsables d’une situation dont les conséquences nous sont connues. Inutile de préciser que, même si les circonstances sont autres (pas de colonisation, de transfert de populations et donc de pieds-noirs), le spectateur ne pourra s’empêcher de voir sous-jacente dans ce film une illustration de l’enlisement américain en Irak.

Nous sommes dans les montagnes de Kabylie en pleine intensification des opérations de « pacification » (c’est le vocable officiel du temps du « maintien de l’ordre »), au moment où rejoint son poste le lieutenant Terrien (Benoît Magimel), un idéaliste dont on ne comprend pas d’emblée si son arrivée dans la place relève de sa volonté ou du hasard. Il y rencontre le sergent Dougnac (Albert Dupontel), dont le cynisme est le pur jus d’une longue pratique du terrain et des coups fourrés de l’adversaire. Terrien a le pouvoir dû aux galons supplémentaires, Dougnac celui issu de l’expérience. Le clash est obligatoire. C’est donc bien à une oeuvre franco-française à laquelle on assiste dans un premier temps, le metteur en scène ne semblant pas chercher à tourner le film que les Algériens peuvent au demeurant très bien réaliser eux-mêmes. Au contraire, dans un refus total de la langue de bois et de la culpabilisation, on le voit s’attachant d’abord à dépeindre les maquisards comme des êtres capables de toutes les roueries. Ce n’est qu’au fur et à mesure, alors que la pâte se modèle, que les soldats français, dont l’unique raison de leurs actes (on n’a pas dit excuse) est d’être cloués par la peur, vont se livrer à des exactions pires dans un jeu de surenchère qui ignore toute limite. Comme ce n’est que progressivement qu’apparaissent des personnages complexes, les plus vieux, Algériens ayant servi la France sous les drapeaux et maintenant tiraillés. On retrouve là l’influence du scénariste Patrick Rotman (auteur et réalisateur du documentaire l’Ennemi intime, et auteur de la Guerre sans nom pour Bertrand Tavernier) : seule la légitimité d’une cause peut justifier que l’on choisisse un camp, en aucun cas les moyens pour parvenir à ses fins, qui seront « sales » de toute façon.

On avait découvert Florent-Emilio Siri en 1998 avec le touchant Une minute de silence, déjà avec Benoît Magimel, jolie histoire sise à la frontière belge sur fond de mines et de chômage de deux immigrés de vingt-cinq ans, l’un polonais, l’autre italien. En 2002 suivait Nid de guêpes, encore avec Benoît Magimel. Depuis, le réalisateur travaillait à Hollywood, réalisant en particulier Otage, avec Bruce Willis. Cette expérience dans la superproduction boum-boum lui a apporté ce qui manque à tant de réalisateurs français, qui s’en moquent le plus souvent, le sens de l’action. Ici, le film est prenant au premier degré, coup de poing autant que coups de feu, le « Platoon de la guerre d’Algérie », comme l’affirment les confrères de Studio. À voir, de toute façon.

Le numéro d’octobre d’Historia consacre tout un dossier au film et à la guerre d’Algérie, celui des Cahiers du cinéma est placé sous le signe des relations entre cinéma et histoire.

Jean Roy

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Tag(s) : #CULTURE
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