La fonction publique à l’heure de la privatisation
Grand raout, hier matin à Paris, pour le lancement du débat national sur les valeurs, les missions et les métiers de la fonction publique. Devant un parterre de syndicalistes, de fonctionnaires et de représentants de l’État employeur, le premier ministre, François Fillon, a déclaré la rénovation de la fonction publique « urgence nationale ». Le débat doit durer jusqu’au mois d’avril 2008 et déboucher sur la rédaction d’un « livre blanc ».
LA STRATéGIE
DE françois FILLON
Le premier ministre a d’abord manié la brosse à reluire sur le poil des 5,2 millions d’agents de la fonction publique : « Nous sommes en décalage quand, d’un côté, la nation fait de la fonction publique son premier poste de dépenses et, de l’autre, les agents ont le sentiment d’être mal-aimés et insuffisamment valorisés par la société », a-t-il affirmé. Il a ensuite fortement cadré le débat, en rappelant les objectifs que Nicolas Sarkozy avait donnés, fin septembre, à la réforme de la fonction publique : réduction des effectifs, affaiblissement du statut de fonctionnaire, choix pour les nouveaux entrants entre le statut et un contrat de droit privé, individualisation des salaires. « Notre débat sur les valeurs doit nous inviter à ne pas conclure systématiquement que service public induit nécessairement emploi public », a précisé le ministre du Budget, Éric Woerth. Rien en revanche sur une revalorisation de la valeur du point et sur le pouvoir d’achat des agents, qui aurait perdu, selon les syndicats, 5 % depuis 2000.
Autant dire que les grandes orientations qui seront annoncées au printemps sont déjà connues, a constaté le secrétaire général de l’UGFF-CGT, Jean-Marc Canon : « En même temps qu’on nous tient un discours sur le dialogue social, on nous indique où l’on doit arriver. » Le débat sera organisé autour d’une conférence permanente (syndicats, employeurs, personnalités qualifiées) qui se réunira trois ou quatre fois en séance plénière d’ici à la fin du débat. Parallèlement, différentes rencontres et tables rondes, à Paris et en province, permettront aux usagers, syndicats, employeurs, agents, citoyens et experts de débattre et d’exposer leur conception du service public. Un forum Internet permettra de recueillir les contributions des citoyens et des fonctionnaires qui souhaiteraient s’exprimer sur le sujet.
LES CRAINTES
DES SYNDICATS
Pas très impressionnés, les syndicats de fonctionnaires ont exprimé leurs craintes quant à l’obsession du gouvernement de cuisiner la fonction publique à la sauce du privé. « On ne souhaite pas que l’usager citoyen devienne un client », a déclaré Gérard Noguès (FO). « La fonction publique, ce sont des principes de neutralité, d’adaptabilité, de compétence, de carrière, mais on a l’impression que, pour être moderne, il faut désormais parler de flexibilité, de précarité, de modération salariale. » Pour Jean-Marc Canon, « les termes de rentabilité, productivité, performances sont revenus plusieurs fois dans le débat. C’est limpide, que ce soit dans les discours de François Fillon ou dans celui d ’Éric Woerth, il y a une volonté d’introduire des normes privées ».
Gérard Aschieri (FSU) a défendu le « principe de solidarité », s’appuyant sur « une grille indiciaire et un statut » contraire, selon lui, à l’individualisation des agents. « On est tous d’accord sur le diagnostic, il faut moderniser la fonction publique. Mais on est inquiet sur la manière de mettre en oeuvre ces dispositifs, a expliqué Bernard Sagez (CFTC). On parle de l’introduction de contrats privés, comme si c’était la méthode miracle. » Jean-Michel Nathanson (Solidaire) a estimé qu’il « faut d’abord réfléchir aux besoins avant de supprimer des emplois ».
Les syndicats ont encore en travers de la gorge les 22 900 suppressions de postes annoncées et l’absence de négociations salariales en 2007. Vendredi, ils avaient tous claqué la porte d’une réunion sur les heures supplémentaires, dénonçant l’absence de concertation du gouvernement. Pas sûr que cela suffise à provoquer une riposte commune à des syndicats plutôt divisés sur un appel à la grève : la semaine dernière, seulement la CGT, la FSU et Solidaires s’y disaient favorables.
Lucy Bateman
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