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Politique - Article paru le 29 septembre 2007

l’Humanité des débats. Régimes spéciaux.

Logique démographique et lobbying patronal

Par Julien Duval, sociologue, chargé de recherches au CNRS (*).

Depuis plus de vingt ans, le débat sur les retraites s’organise autour du même raisonnement. La population française vieillit, le nombre de retraités augmente, et il faut donc consacrer des sommes plus importantes à notre système de retraite. Mais cela, nous explique-

- t-on, va être de plus en plus difficile. Les pensions des retraités sont financées par les cotisations des actifs et l’on ne peut pas augmenter indéfiniment ces cotisations. Il faudrait donc se rendre à l’évidence : notre système de retraite ne peut plus être aussi « généreux » que par le passé. Il faudrait aligner vers le bas les régimes spéciaux créés avant 1945 et, pour l’ensemble des régimes, procéder à des « réformes » inévitables : reculer l’âge de la retraite, réduire le montant des pensions, inviter les Français à souscrire des systèmes d’assurance vieillesse individuels.

Ce raisonnement est, en apparence, irréfutable. D’abord, il repose tout entier sur le vieillissement démographique, c’est-à-dire un phénomène naturel, contre lequel on ne peut pas lutter. Ensuite, il paraît d’une logique implacable et il s’appuie sur des prévisions chiffrées. Mais, en se résignant à ce raisonnement, se plie-t-on simplement à l’arithmétique et à l’objectivité des chiffres ? On cède aussi à un travail politique qui, depuis vingt ans, l’a mis dans toutes les têtes. Des quantités de rapports ont en effet été rédigés et médiatisés sur la démographie et l’avenir des - retraites. Ils ont été produits dans les organisations internationales (Banque mondiale, OCDE…), comme à l’échelle européenne et nationale. Mais est-ce un hasard s’ils viennent presque toujours conforter les « solutions » prônées par des groupements patronaux et des lobbies économiques très influents dans ces organisations internationales ? Une plus grande attention n’aurait-elle pas été portée à d’autres questions si les États-Unis et l’Europe ne s’étaient pas rangés depuis vingt-cinq ans à des choix politiques hostiles aux formes de l’État providence qui ont vu le jour après 1945 ?

Le « débat sur les retraites » ne peut pas être réduit à un problème purement démographique ou comptable. Il est une véritable question de société. Les projections démographiques ne devraient pas éclipser, dans une société démocratique, les aspirations des citoyens. Les salariés qui contribuent à ce que la France soit un pays riche ne pourraient-ils pas être fondés à disposer, après leur vie professionnelle, d’un temps libre au moins un peu plus important que les générations antérieures ? Les conditions d’emploi et de travail ne devraient-elles pas être également un élément majeur du débat ? Elles avaient, de fait, été déterminantes dans la mise en place, au XIXe siècle et au début du XXe siècle, des premières caisses de retraite pour les ouvriers. Aujourd’hui, n’y a-t-il pas comme un paradoxe à allonger la vie professionnelle des jeunes générations, alors que celles-ci sont les plus confrontées aux conséquences du chômage de masse et au développement de la précarité ?

(*) Dernier ouvrage publié :

le Mythe du « trou de la Sécu ». Éditions Raisons d’agir, 2007.

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Tag(s) : #Retraites
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