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Politique - Article paru le 29 septembre 2007

l’Humanité des débats. Régimes spéciaux.

« Le gouvernement prépare la suite »

Par Marisol Touraine, secrétaire nationale du PS, chargée de la protection sociale.

Les bénéficiaires des régimes spéciaux sont-ils des privilégiés ?

Marisol Touraine. Le système doit être revu, parce que les gens qui en bénéficient vivent, comme tous les Français, plus longtemps. Et aussi parce que ces régimes sont déficitaires. Pour autant, présenter ces bénéficiaires comme des privilégiés revient à ne pas - affronter les vrais problèmes. Ceux-ci, pour les régimes spéciaux comme pour l’ensemble des retraités, se résument à une question : le taux de remplacement va-t-il pouvoir être assuré dans les années qui viennent. Les réformes des régimes de retraite doivent s’apprécier au regard de leur capacité à garantir le maintien de ce taux. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le régime de retraite n’est qu’un des éléments d’un statut, qu’il soit d’entreprise ou de branche, pour les industries électriques ou gazières. Si on revoit un de ces éléments, il serait normal de mettre à plat l’ensemble des autres éléments de ce statut, par exemple l’évolution des salaires ou celle des carrières. On se focalise toujours sur la SNCF, EDF ou la RATP. Mais je prends ldes clercs de notaire où existe un régime qui fait une différence entre les hommes et les femmes, celles-ci pouvant partir dès cinquante-cinq ans. Mais elles ont un revenu inférieur de 30 % à celui des hommes. Donc, revoir l’âge de départ à la retraite des femmes - et je n’y suis pas hostile - tout en faisant perdurer l’inégalité salariale, serait profondément injuste. Plus généralement, on ne peut pas demander la révision des régimes spéciaux au nom de l’équité sans que cette dernière ne guide l’ensemble de la réforme. Autrement dit, je pense que les titulaires de régimes spéciaux participent de l’effort pour assurer l’équilibre des régimes de retraite, mais en revanche, puisque régime spécial il y a, regardons l’ensemble des éléments qui sont au coeur de ce régime spécial et pas seulement ceux qui arrangent l’actuel gouvernement.

Les défenseurs des régimes spéciaux invoquent la pénibilité. Pensez-vous que l’argument garde sa pertinence ?

Marisol Touraine. Les régimes spéciaux ne s’analysent pas uniquement au regard de la seule pénibilité. Cela dit, être de gauche ne consiste pas par principe à s’opposer à la réforme des retraites, mais demander que celle-ci s’opère selon le principe de la justice sociale, laquelle implique de prendre aussi en compte la pénibilité des métiers.

Faut-il aligner vers le bas tous les régimes de retraite ?

Marisol Touraine. Je ne suis pas pour un alignement par le bas. Je dis qu’il ne faut pas se cacher la réalité : les régimes de retraite sont confrontés à des défis financiers - ce qui prouve que la réforme de 2003 n’a pas fonctionné -, et que, puisque nous vivons plus longtemps, il n’est pas anormal de travailler plus longtemps. Encore faut-il que l’allongement de la durée de cotisation garantisse le taux de remplacement que j’évoquais, car si c’est pour travailler plus longtemps et avoir une retraite plus faible, ce n’est pas acceptable. Je précise enfin que cet allongement de la durée de cotisation ne peut pas être le même pour tout le monde selon la difficulté des métiers.

Le gouvernement évoque la nécessité financière. Partagez-vous ce constat ?

Marisol Touraine. Clairement non. Les régimes spéciaux représentent 6 % de la masse des - retraites, concernent un million de retraités sur quatorze millions : la réforme ne peut pas donc être présentée comme une nécessité financière. Il s’agit simplement, pour le gouvernement, de préparer la suite, notamment le rendez-vous de 2008. Il veut faire avaler de nouvelles pilules amères et a besoin que les régimes spéciaux aient été modifiés auparavant. Le PS regrette que la réforme de ces régimes n’ait pas attendu 2008. Il n’y a pas d’urgence économique, politique à les traiter à part. La seule urgence pour le gouvernement est d’ordre symbolique.

Entretien réalisé par Dominique Bègles

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Tag(s) : #Retraites
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