Les éducateurs prennent le président à la lettre
Après la « Lettre aux éducateurs », place à la lettre des éducateurs. Quatorze organisations (syndicats de personnel, de lycéens ou d’étudiants, fédérations de parents et mouvements pédagogiques) signent une lettre ouverte au président de la République (1), plagiant là le moyen choisi par ce dernier, début septembre, pour s’adresser à eux. Nicolas Sarkozy y exposait ses appétits pour l’école (l’Humanité du 5 septembre). Elles (2) lui formulent les leurs. Ce n’est pas, à proprement parler, une réponse du berger à la bergère. Plutôt une mise au point, afin que tout soit clair quant aux objectifs visés par les uns et les autres.
« La lettre de M. Sarkozy dit tout et son contraire », expliquait, hier, Jean-Jacques Hazan, secrétaire général de la FCPE, désigné pour exposer la démarche à la presse. « On ne peut qu’être d’accord avec lui lorsqu’il déplore les inégalités scolaires et le déterminisme social. » De même, l’ambition affichée par le gouvernement de mener 50 % d’une classe d’âge au niveau bac + 3 est-elle de celle à laquelle adhèrent les organisations. Banco, donc, pour une transformation de l’école garantissant la réussite des jeunes, affirment-elles… Encore faut-il s’entendre sur les mots et la façon de les mettre en oeuvre.
« Tout le monde n’a pas la même notion de la réussite », relevait Dominique Guy, secrétaire générale du CRAP-Cahiers pédagogiques. « Par exemple, nous estimons qu’il ne suffit pas de mettre trois jeunes de ZEP en classe prépa à Henri-IV pour assurer la démocratisation », dénonçait-elle, faisant référence aux politiques d’égalité des chances impulsées ces dernières années. « Nicolas Sarkozy parle de garantir un niveau minimal à l’entrée en sixième, relevait encore Jean-Jacques Hazan. Mais comment ? Via un examen, un concours ? » Idem, concernant la réforme du collège unique, « dont on ne sait ni où elle va ni comment ».
La missive des éducateurs dresse ainsi une liste de contradictions flottant entre les ambitions affichées et les mesures engagées. « "Égalité des chances" ou "ambition réussite", ces grands mots (…) ne peuvent tenir lieu de politique de transformation démocratique de l’école, écrivent les signataires. Au contraire, réduire l’offre d’enseignement pour tous, libéraliser la carte scolaire pour laisser se développer des ghettos scolaires, annoncer un collège éclaté, favoriser l’école privée, c’est menacer gravement le service public. »
Et d’insister, au moment même où le gouvernement finalisait son projet de budget 2008, sur le record « tristement historique » que celui-ci s’apprête à exploser : 11 200 pos- -tes supprimés dans l’éducation (lire ci-après). La promesse d’encore « plus de précarité, de difficultés, pour tous, personnels, familles, élèves », selon les signataires.
Ni sélection précoce ni moyens amputés, mais « d’au- tres choix, un autre budget, une autre politique », exigent donc les organisations. Questions budgétaires mises à part, il n’est pas habituel de les voir signer communément une telle lettre. Un consensus construit en laissant de côté les sujets polémiques - par exemple le socle commun de connaissances - et à partir de lectures divergentes, en certains points, de la lettre du président. Mais un consensus renforcé autour d’un principe irrévocable pour toutes : l’affirmation que tous les jeunes sont capables de réussir et qu’une école qui en laisse sur le carreau est une école qui faillit à sa tâche.
(1) Distribuée dans
les établissements, il est
possible de la signer en ligne sur le site : http://www.lettreouverteaupresident.org/ ?petition=1>
(2) Cé, CRAP-Cahiers pédagogiques, FAEN, FCPE, FERC-CGT, FIDL, FSU, GFEN, ICEM-Pédagogie Freinet, Ligue de l’enseignement, SGEN-CFDT, UNEF, UNL, UNSA éducation.
Marie-Noëlle Bertrand
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