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International - Article paru le 26 septembre 2007 dans l'Humanité

Monde

Devant l’ONU, Sarkozy confirme sa dérive atlantiste

Nations unies . Le président français a réaffirmé l’alignement de sa politique internationale sur Washington, tout en faisant assaut de démagogie sur les pouvoirs de la finance.

New York (États-Unis), envoyée spéciale.

« Sarko l’Américain. » C’est le quotidien USA Today qui reprend à son compte le surnom que sa visite à G. W. Bush, en pleine campagne présidentielle française, avait valu au candidat Sarkozy qui affichait, déjà, un atlantisme décomplexé. Commentant les premiers pas du président français sur la scène internationale à l’occasion de l’assemblée générale des Nations unies, à New York, la presse américaine souligne la « nouvelle harmonie entre la France et les États-Unis » qui clôt définitivement le chapitre de l’opposition de la France à l’invasion de l’Irak en 2003.

Premier point de cette nouvelle convergence transatlantique : l’attitude face au programme nucléaire iranien. Nicolas Sarkozy, dans une interview publiée lundi par le New York Times, s’est certes démarqué du mot « guerre » lâché une semaine plus tôt par son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Officiellement, la France plaide pour un renforcement du régime des sanctions - envers Téhéran, quitte à prendre des mesures économiques unilatérales et à encourager ses partenaires européens à faire de même si aucun consensus ne devait se dégager au Conseil de sécurité. Mais le discours du président français, hier, devant l’assemblée générale des Nations unies, laisse implicitement ouverte toutes les options.

une allusion à la conférence de Munich de 1938

« La faiblesse et la démission ne sont pas des facteurs de paix mais des facteurs de guerre. La France et l’Europe en ont éprouvé jadis les conséquences tragiques pour elles-mêmes et pour le monde », a lancé le président français, dans une allusion à peine voilée à la conférence de Munich, en 1938. « En laissant l’Iran se doter de l’arme nucléaire, nous ferions courir un risque inacceptable à la stabilité de la région et du monde », a-t-il ajouté, en assurant que « cette crise ne sera résolue que si la fermeté et le dialogue vont de pair ».

Ce discours de « fermeté » sur l’accès de l’Iran au nucléaire militaire n’a pas empêché le président de la République de réaffirmer le « droit » de ce pays à « l’énergie nucléaire civile ». Alors que Nicolas Sarkozy voit dans ce secteur, en France, de nouvelles opportunités de privatisations, il multiplie les offres de coopération en matière de nucléaire civil en direction des pays émergents ou en développement. Un activisme à rapprocher du plaidoyer de Bush, que le président français a fait sien, en faveur du développement des « technologies propres » (voir notre édition d’hier). Alors que doivent s’ouvrir, en décembre, les négociations sur l’après Kyoto, il s’agit pour les États-Unis d’opposer l’usage de ces technologies, source de substantiels profits potentiels, à la mise en place d’objectifs contraignants de réduction de gaz à effet de serre.

Autre signe de la « nouvelle ère » qui s’ouvre dans les relations entre la France et les États-Unis et de l’inflexion atlantiste de la politique étrangère de la France : la perspective d’une réintégration de la France à la structure militaire de l’OTAN, après plus de quarante ans d’absence. « Qu’on arrête de présenter l’OTAN comme une espèce d’épouvantail », s’est agacé Nicolas Sarkozy, toujours dans le New York Times, pour justifier un retour qu’il soumet à deux conditions : « une avancée sur l’Europe de la défense », et la garantie qu’une « place (sera) faite dans les instances de direction, au plus haut niveau, pour des représentants de la France ».

consensus

france - états-unis sur le darfour

Sur l’Afrique, enfin, la France et les États-Unis affichent une volonté d’agir de concert sur le Darfour. Cette question devait être débattue, hier après-midi, lors d’une réunion au sommet du Conseil de sécurité, invité à approuver le déploiement d’une force mixte ONU-UE dans l’est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique.

Sur le fond, pour sa première prestation onusienne, Nicolas Sarkozy a fait sienne la rhétorique de l’administration Bush, appelant à « instaurer la coexistence pacifique des grandes religions » pour se prémunir des « conséquences » d’un « choc des civilisations », une expression qu’il a utilisée à plusieurs reprises. Avant de conclure par un grandiloquent plaidoyer en faveur de la « justice » et d’un « new deal économique et écologique » planétaire, sans lesquels « les pauvres et les exploités se révolteront un jour ». « Jamais il n’a créé autant de richesses et d’opportunités, mais jamais le monde n’a fait une place aussi grande à la spéculation financière. Jamais il n’y a eu autant de phénomènes de rente qui concentrent autant de profits sur quelques grands groupes », a-t-il déploré. Un comble, pour celui dont la politique intérieure consiste précisément en un appui sans précédent à la rente et à la finance.

Rosa Moussaoui

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Tag(s) : #Politique
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