Pierre Villard : « Que la France s’engage dans une autre voie »
Quelle est votre appréciation de la situation ?
Pierre Villard. On a le sentiment qu’on prépare l’opinion, nationale et internationale, à rebanaliser la guerre. Paradoxalement, il y a d’un côté cette condamnation par la population de la guerre (en Irak notamment) et du militarisme comme manière de résoudre les problèmes du monde et de l’autre l’escalade guerrière des États, qui se traduit par l’augmentation des dépenses militaires : 40 % en quatre ans. La nouvelle course aux armements montre les mêmes caractéristiques que la guerre froide. Même si le bouclier antimissiles ou les bombes atomiques miniaturisées, ce n’est pas pour demain…
De quelle manière la France prend sa place dans cette escalade ?
Pierre Villard. Les premières décisions de notre gouvernement vont complètement dans le sens d’une remilitarisation des relations internationales. Il prend le contre-pied de l’image et de l’action politique traditionnelle de la France. Les premiers actes de Chirac, puis de Sarkozy ont été de donner des gages aux militaires : en 1995, Chirac reprend les essais nucléaires, en 2002, il augmente les budgets militaires et le jour où Sarkozy installe son gouvernement, on teste un nouveau missile nucléaire. Fillon qui annonce l’augmentation des exportations d’armes, le traité simplifié européen qui empire les positions sur la défense, les dernières déclarations de Bush, Sarkozy et Kouchner… Le contexte est inquiétant. On attend que la France s’engage dans une autre voie.
La patrie des droits de l’homme doit redonner de la voix ?
Pierre Villard. La France s’est toujours distinguée dans l’histoire par l’espoir qu’elle a donné aux peuples du monde : la Révolution, les droits de l’homme, la Résistance… Elle est une boussole de la liberté et des avancées sociales. Notre pays aurait tout à gagner à reprendre ce flambeau sur la scène internationale plutôt que d’emboîter le pas aux États-Unis. L’heure est à la disparition de l’OTAN, au développement du multilatéralisme, mais notre gouvernement applique des recettes d’il y a trente ans. On a le sentiment que le monde avance sans nous.
Comment le peuple français peut-il infléchir sur le discours actuel ?
Pierre Villard. Parce que la paix n’est abordée qu’au travers des questions de défense, on a tendance à mettre le dossier entre les mains de l’État. Il a un rôle à jouer, mais ce n’est jamais que notre représentant à l’ONU. Si on veut que la parole qu’il porte devant les autres peuples nous satisfasse, il faut intervenir en permanence à trois niveaux : individus, État et institutions internationales. C’est la mobilisation des peuples, d’États (dont la France) et d’institutions internationales (ONU) qui a isolé politiquement Bush sur l’Irak en 2003.
Une défaite, au vu des derniers développements…
Pierre Villard. Les acteurs de paix sont majoritaires sur la planète, au niveau des peuples mais aussi des États, alors que Bush et ses amis sont minoritaires. Les discours qui les présentent comme omnipotents sont réducteurs et dessaisissent les gens de leurs capacités d’intervention. Il suffit que les citoyens pacifistes se rendent compte de leur nombre, par la mise en réseau, par la communication, par des journées comme celle d’aujourd’hui, où on demande aux gens de mettre leur intelligence au service de la paix. Les pacifistes ne sont pas des faibles ou des couards : faire la paix avec son ennemi est beaucoup plus courageux et difficile que de l’éliminer.
Entretien réalisé par Grégory Marin
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