Monde
Le 11 septembre 2001 pèse encore sur le monde
Le 11 septembre 2001, moins de deux dizaines d’individus armés de « cutters » - presque tous Saoudiens - détournent quatre avions de lignes intérieures états-uniens. Trois de ces appareils, utilisés comme des bombes incendiaires volantes avec leurs 45 000 litres de kérosène, détruisent totalement les tours jumelles du World Trade Center à New York et partiellement le siège du Pentagone à Washington. Le quatrième appareil s’écrase, grâce à la courageuse intervention des passagers, en Pennsylvanie, sans atteindre sa cible qui aurait pu être la Maison-Blanche.
2973 personnes
ont été tuées
Le monde entier a pu voir sur les écrans de télévision, jour après jour, en boucle quasi continue, l’effroyable effondrement des tours. Deux mille neuf cent soixante-treize personnes y ont été tuées.
Pour l’oligarchie au pouvoir à Washington depuis janvier de cette année-là, il s’est agi en vérité d’une « divine surprise », ouvrant la voie au soutien de l’opinion publique nationale et mondiale à la politique d’hégémonie prônée par les idéologues arrivés à la direction des affaires, dans leur proclamation. « Pour un nouveau siècle américain » datant de 1997. Pour convaincre l’opinion qu’il fallait imposer le pouvoir US sur la planète, il faudrait, avaient-ils écrit alors, « un choc comparable à celui provoqué par le bombardement en 1941 de Pearl Harbor » par l’aviation nippone. Ben Laden, l’ancien homme de main de Washington en Afghanistan, leur en avait fourni l’occasion. Sous prétexte de « légitime défense » une coalition - relayée aujourd’hui par l’OTAN avec la participation de la France - envahit l’Afghanistan dès le mois d’octobre pour y déloger les taliban et, prétendument, mener la chasse à Ben Laden, le nouveau « Satan » du « monde libre »…
Dans le même temps a été élaborée la doctrine de la « guerre préventive durable contre le terrorisme » - contraire à tous les traités internationaux et aux principes des Nations unies - conduisant à la désastreuse invasion de l’Irak qui pourrait, si l’opinion internationale n’y prend garde, à son tour être suivie d’une guerre contre l’Iran.
On connaît désormais le mécanisme du mensonge soigneusement élaboré par Bush pour tromper l’opinion nationale et internationale afin d’entraîner le plus grand nombre dans une sanglante boucherie qui à ce jour - selon des estimations crédibles (1) - a coûté la vie à plus de un million d’Irakiens et à trois mille sept cent soixante-deux soldats US.
Le journaliste Sidney Blumenthal (2) vient de publier les confidences qu’il a reçues de la part de deux responsables de la CIA. Le 18 septembre 2002, révèlent-ils, le directeur de la CIA, George Tenet, a fait part à George W. Bush d’une information « ultrasecrète » - en provenance du « cercle rapproché de Saddam Hussein » - que l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive. Tenet, qui s’était alors confié à l’un de ses subordonnés, a confié que Bush « n’en avait rien à f… ».
Contradictoirement, « l’estimation des agences nationales de renseignement » diffusée aux membres du Congrès en octobre 2002 affirmait avec certitude que l’Irak possédait des armes nucléaires, biologiques et chimiques. Une semaine plus tard, le Congrès autorisait l’« usage de la force en Irak ».
Une version expurgée de l’Estimation fut transmise au chef du MI6 britannique, Richard Dearlove, qui, pour le rendre « plus sexy » à la demande de Tony Blair, y fit ajouter sa propre sauce : la copie, mot pour mot, y compris les fautes d’orthographe, d’extraits d’une thèse d’un étudiant irakien datant du début des années 1990…
Le « rapport » du MI6 fut ensuite renvoyé à Washington « survalidant » la version US !
Le 23 avril 2006, dans une interview à CBS, l’ancien chef des opérations clandestines de la CIA en Europe, Tyler Drumheller, révélait que la source « du cercle rapproché » de Saddam Hussein était Naji Sabri, le ministre irakien des Affaires étrangères, en personne. Il avait fourni toutes les preuves de l’inanité des accusations US aux agents états-uniens et à leurs homologues français. Naji Sabri vit d’ailleurs aujourd’hui paisiblement dans l’émirat du Qatar.
derrière le nom de code de « Curveball »
Le 28 janvier 2003, dans son discours sur l’état de l’Union, Bush affirmait : « Nous savons qu’à la fin des années 1990, l’Irak possédait des laboratoires mobiles de fabrication d’armes biologiques. » Ce qui dans la laborieuse mise en scène de la prestation de l’ex-secrétaire d’État, Colin Powell, le 5 février suivant devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, devint : « Nous avons des descriptions de première main de fabriques d’armes biologiques sur route ou sur rails »… Le ministre avait été, en vain, prévenu par Drumheller que ceci était manifestement faux. Les affirmations de Colin Powell comme le discours de Bush se fondaient sur de prétendues révélations d’un « informateur hautement fiable » portant le nom de code de « Curveball ». Il s’avéra par la suite qu’il s’agissait d’un chauffeur de taxi de Bagdad…
(1) www.justforeignpolicy.org/irak
(2) Conseiller de Bill Clinton jusqu’en 2000, Sidney Blumenthal est un journaliste états-unien qui collabore régulièrement avec
le Washington Post. Ses textes sont régulièrement repris
par la lettre quotidienne d’information progressiste, Information Clearing House (www.informationclearinghouse.com).
Michel Muller
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