Tournant dans la lutte contre le paludisme
Le 8 septembre 2000, les Nations unies adoptaient les « Objectifs du millénaire pour le développement », en se fixant des objectifs concrets. L’un d’eux concerne la lutte contre le paludisme, obstacle majeur au développement, notamment de l’Afrique, qui concentre 90 % des malades. Et c’est justement parce que l’Europe est parvenue à éradiquer cette maladie que les recherches de nouvelles molécules ont été longtemps négligées. Le paludisme est une maladie du Sud, une maladie de pauvres, peu rentable. Entre 1975 et 2004, sur les 1 556 nouveaux traitements approuvés, seuls 8 concernaient le paludisme.
Pourtant, grâce à la création du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, un tournant est peut-être en train de s’opérer. Fortement porté par la France, le Fonds mondial, qui a maintenant quatre ans et est présidé par Michel Kazatchkine depuis avril dernier, assure à lui seul 60 % des financements internationaux de la lutte contre le paludisme. Grâce à lui, plus de 30 millions de moustiquaires imprégnées d’un insecticide, efficace pendant trois ans, ont été distribuées. L’OMS vient de recommander d’étendre cette distribution à toute la population, plus seulement aux enfants et aux femmes enceintes.
Au Kenya, ces moustiquaires ont permis de réduire de 44 % le taux de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans dans les zones les plus infectées. Côté traitements, des progrès importants viennent également d’être réalisés, progrès en terme de recherche médicale mais également de partenariat économique. En mars dernier, le laboratoire Sanofi Aventis et Médecins sans frontières signaient un accord historique de mise au point pour une nouvelle combinaison thérapeutique fixe à base d’artémisinine (ACT), non soumise aux règles de propriété intellectuelle.
Des médicaments détruits
Problème : ce nouveau médicament reste trop cher. Une dose pour adulte coûte environ 1,30 dollar, soit entre 10 et 20 fois plus qu’un traitement habituel, comme la chloroquine, encore très répandue en Afrique mais de plus en plus inefficace à cause des résistances.
De plus, le laboratoire attend la préqualification de l’ACT par l’OMS, processus administratif qui permet de « reconnaître » ce médicament comme prioritaire au niveau international. Très remonté hier au Sénat, Robert Sebbag, vice-président « Accès au médicament » chez Sanofi Aventis, a raconté devoir détruire des ACT non diffusés sur le terrain et donc périmés. Leur durée de vie n’est que d’une année ! Autre obstacle, l’accès des populations aux hôpitaux et aux centres de santé : « 40 à 60 % des populations touchées par le paludisme s’orientent vers le privé où les médicaments sont encore plus chers, s’inquiète Michel Kazatchkine. D’où l’idée de créer une subvention globale qui permettrait d’unifier les prix du privé au public. »
Maud Dugrand
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